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9/10
Je n'en peux pluie de toi
Il pleut, et chaque goutte sur mon nez ruisselant est comme un de ces baisers que tu me donnais. Devant mes pieds les feuilles déchirées de ma poésie papier épongent les larmes d’un ciel pollué et troué par les cheminées et les industries. L’épais nuage noir du désespoir nous cache bien d’un revers de dépression inattendu. Quoi qu’il en soit je sens un filet dans mon cou, mon dos, et mes bras. Je me donne tout entier à cette dispute entre Ciel et Terre, et attend le moment, le coup d’foudre qui me fera m’envoler loin de toute cette merde. Alors j’attend, j’attend le bus, la sonnerie, l’heure, 11h10, Celle, et tiens bon. Le bus est en retard, elle va me prendre dans ses bras d’ici un p’tit quart d’heure. Saloperie d’optimisme. C’est toujours la même chose, la même histoire qui se répète et se répète. Vive les téléphones, vive la nudité des corps devant la fureur de ce Sort, mauvaise Fortune qui s’acharne. Un flash, une déflagration. Le brouillard sonore m’environnant me brouille les idées. Boum ! un arbre en moins. Pourquoi cet acharnement ? le charnier sans fin des écorchés s’allonge chaque jour et je défie ce Ciel, lâche de n’exister que dans la beauté, de tenter de me foudroyer, dom juan raté, dont les conquêtes amoureuses n’eurent de cesse que de s’envoler… loin, très loin vers ce soleil sans fin. Envie de flotter… me noyer dans ce cauchemar et enfin trouver la paix… Manquer d’air, recracher l’eau savonneuse, des cheveux dans la baignoire, essai raté et puis tousser. Un éclair ! Cette fois je tombe. Mes jambes, sous mon poids, cèdent et mon menton cogne contre le sol. Le gout du sang. Etourdi, les yeux mi-clos, je suis en tête à tête avec la boue, alors je creuse : encore, je rame dans cette terre liquide sur laquelle je crache mon sang. Pourquoi je fais ça ? je ne sais pas, je ne sais plus rien. La folie, seulement la folie… et puis élucider ce mystère, ce pourquoi je ne dors pas la nuit, ce pourquoi j’écris, je recherche, je réfléchis, je songe, je cauchemarde. Quoi ? Pourquoi ? Mais au fond quelle est la bonne question ? A chercher des réponses j’en ai oublié l’interrogation… Je cherche peut-être ton nom qui sait ? ou bien la chaleur de tes caresses et l’odeur de ta peau… Les mains sont douloureuses et les doigts sales, et sans réfléchir je plonge ma tête tout au fond du trou béant que je viens d’entrevoir. La lumière. La vérité. L’omniscience. La raison. Ce serait beau, non ? La douceur de tes cheveux m’effleure le visage… Le tonnerre n’existe plus… un parfum familier vient me titiller les narines… et ta main dans ma main égratignée se dépose… Oublions nous, toi et moi, et volons vers demain jusqu’à jamais… oublies-toi, oublies-moi, il n’y a plus que nous, nous et l’ albatros, détaché du recueil volant dans un ciel ensoleillé. Je t’aime, tu m’aimes. Des pétales, une pluie chaude, des nuages-crèmes… Fermer les yeux…
Horizon