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Rutrage a publié ce texte le 20/02/2009 à 23:13:09 |
V
Le radar des maux du monde
Sonne
Quelqu’un peut-il me dire
Pourquoi un tel radar
Sonne?
Des clochers de fureur
Cognent
Et dix mètres dessous
Deux simples enfants
Cognent
Non pas à une porte
Mais sur l’un et sur l’autre
Quelqu’un peut-il me dire
Pourquoi de tels enfants
Cognent?
Et mes mondes partout
Meurent
On leur tire des balles
Dans la tête
On leur jette une bombe
Dessus
Et ils explosent
Un neveu se retrouve avec le bras de son oncle
Enfoncé dans le crâne
Couvert de sa famille
Et tous ces pauvres gens
Meurent
Et mes utopies
Et mes rêves
Et mes espoirs
Sont morts
Quelqu’un peut-il me dire
Pourquoi fallut-il qu’ils
Meurent?
Non.
Personne.
VI
la nuit
la lune
sourit
aux enfants
qui dorment
toujours
la lune
est loin
impossible
impassible
et les fous travailleurs
les studieux aliénés
eurent l’absolu rêve
de poser
le pied
dessus
et moi pourtant
qui suis déconnecté
sombrant au gouffre du songe
pointé du doigt par ceux-ci
raillé par ces autres-là
ainsi que si peu d’autres comme moi
je réussis cet exploit
quotidiennement
on a marché sur la lune
pff
j’y étais déjà
VII
j’ode le capital
son auguste et brillant soleil
sa suprématie
j’éloge la fortune
le miroir brillant de ses yeux de richesse
quand les sommets chantent l’or
je poème l’argent
l’innovation le monde l’univers
la grande échelle et ses barreaux de mer
et ses appuis combustiblement surannés
je ballade et déifie et princicise
les dinosaures
leurs crocs de rage de poison
et les antidotes qu’ils nous fournissent
ces lumineux diplodocus
finalement j’élégie
les fossés barbouillés au fusain du fléau
les rectos et versos des pages de mon monde
où le progrès
à tout prix
a tout pris
VIII
je n’écrirai pas les maux du monde
par ma voix qui vomit son encre sale sur le papier
je m’y abstiendrai
je n’évoquerai jamais le onze du neuf
je ne chanterai pas
de mes souffles mélancoliques
la mort laaaaaa mort la moooooôôôrt
je n’abominerai pas la peste
intérieure extérieure globale infinie
ni les rats qui rongent nos vies
ni les yeux méchants qui jugent et qui enferment
la vente des jolis suaves corps aux souillées crassées
la prostitution je me tairai
l’ecclésiastique et ses tics glandeurs infantilement
la pédophilie je me tairai
la guerre surtout idem et badaboum
les excréments nauséabonds de la nonchalance humaine
même chose
la morve qui coule du nez des éclopés
zip la bouche
et toutes ces personnes
n’ayant que leur squelette sur un linceul de peau
ou les handicapés ou les pauvres ou les laids
j’y serai aveugle
comme tous ces autres
écœurés le cœur levé drapeau bannière et cirque
comme à la vue d’une imposante toison pubienne
comme un homophobe qui voit deux hommes s’embrasser
et j’enfouirai l’holocauste avec ses sombres victimes
dans ses terres pourries
dans un monde où les blasés se foutent
de tout se mettent se fourrent (mais jamais le nez)
hédonistement
sans l’ombre d’un vent du souci
alors moi dans mes trop vaines lueurs
je n’écrirai plus
plus jamais
les maux du monde
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herbefolle note ce texte: 10/10 Bonsoir, Rutrage Bravo, un poème fort, un jet du coeur,un rythme envoûtant qui nous aspire et nous plonge au fond de ta pensée comme...des sables mouvants. Très original et très sincère. Je pense qu'un poème doit ainsi nous emporter loin, au fin fond de notre être pour que nous ressentions à l'unisson l'émotion du poète en écriture. Et celà, ton poème me l'a fait vivre; j'ai été traversée par tes mots et j'en ai encore le vertige. |
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Tout commence au v, je chercherais les autres. J'espère ne pas les trouver. Ce serait drôle que tout commence au V, avec son lot de malheurs terriens et d'abominations toutes humaines, même si ce V, je ne l'aime pas. La forme me plait, la sincérité je la sens, mais voilà, cette accumulation de malheur ne parvient pas à m'atteindre. Ou je suis insensible, ou tout arrive trop précipitamment, massé dans quelques lignes. Alors je poursuis la lecture, parce que j'ai toujours été surpris d'une manière ou d'une autre par tes textes Rutrage, je ne veux pas que cette fois-ci soit une exception. Je reste donc sur une note pessimiste de ton texte V (non. Personne.) quand j'entame le VI. Là, c'est l'entracte! On regarde toujours la terre des hommes, mais de plus haut. Pour s'en extraire et souffler un peu. Et la ballade est agréable, drôle, on la quitte en se disant que ça y es, nous sommes attaché à ta voix. Et puis, changement de ton; Aidé par un rythme vif, nous oublions très vite d'où l'on vient pour t'écouter nous exposer ce que nous savons déjà, il est vrai, mais avec tant de vigueur, de trouvailles dans le vocabulaire, que nous bouillonnons en ralliant ta cause, conquis. ( Enfin, presque bouillonnant!) Certes, mais pour clore cette thématique, tu choisi un texte, intitulé VIII, et là! la donne s'inverse. Tu déclares dans une superbe contradiction que tu ne traiteras plus ce thème, comme si cela était trop douloureux et que même, tu n'avais jamais voulu le faire. Nous as-tu insidieusement séduit pour nous jeter ensuite à la figure que tu ne t'exprimerai plus? Pourtant, comme un écho au texte V, l'accumulation d'immondices se poursuit, encore mieux soignée dans son évocation, tandis que tu confirmes : Tout s'arrête là, dans un dégout palpable. Alors voilà comment tu as encore réussi à me surprendre, à faire de plusieurs pièces un tout flexible mais qu'il est bon d'appréhender jusqu'à la fin pour en saisir les subtilités. J'y ai vu le clin d'œil d'un auteur à d'autres auteurs, s'essayant avec panache à leur sujet favori : le malheur du monde. Non content d'apporter une touche personnelle, c'est un véritable message de sagesse qui, je pense, se cache ici. Merci de m'offrir ce que j'aime lire! Un petit :rr: sinon ça fait qu'un bloc tout noir... :rr: P.S : Bravo pour tes trouvailles linguistiques, pour l'audace d'utiliser un "pff" et en général pour les libertés que tu sais t'octroyer. Et pour Léo Ferré. :rr: --------------------------------------------------------- Feindre de croire un mensonge est un mensonge exquis.
[Maurice Chapelan] Extrait d' Amours, amour |