Texte poétique : 58
Comme je suis pris pour un original
L’on me croit même un peu dément
J’ai décidé pour ma phase terminale
D’enterrer vite l’immortel document
Et de traiter en fait purement banal
Le dernier salut au jour du jugement
Sans rien inscrire dans des annales
D’une ligne de vie en prolongement
Par cet ilot de terre. Pierre tombale
Perdu dans l’océan d’âmes en cabale
Essuyer les vagues en mouvements
De seaux d’eaux usés communément
Ou règnent corbeaux. O noir cimetière
Je penche pour un pré vert de sommeil
Assuré qu’ici j’aurais ma part entière
Un lit d’héritage de pissenlits en éveil
J’arrange l’adage pour mourir heureux
Jamais une dalle ne devrait nous cacher.
Louons à l’indien qui naguère généreux
Reposait au soleil sur un arbre perché.
Et si mes forces venaient à manquer
Au bas d’un talus que je sois adossé
Afin de contempler la nature marquée
Par mes derniers efforts à l’encenser.
Ainsi je fuis ces mœurs de testament
Mené par ce chemin de traverse rural
Par mes empreintes de pas primant
A ceux de notaires somme toute vénal
Alors mes bons amis qui sauriez venus
Sur ma concession perpétuer la retenue.
En inclinant poliment votre tête chenue
Méditez cette sagace pensée parvenue.
<>
Par mes yeux mi-clos creusant l’inconnu
Je rêverai à ciel ouvert de l’infini continu.
Clin d’œil à Jacques Prévert & Jean de La Fontaine.
28 août 2006.