Le jour de ton enterrement
Même le ciel était en deuil,
Il pleuvait des larmes gisantes
Autour de ton pauvre cercueil.
Je ne pouvais pas imaginer
Que c’était toi qu’on enterrait,
J’ai même pas pu te dire au revoir
Avant que tes yeux ne cessent de voir.
Si tu savais comme je regrette
De n’avoir su trouver la force
De me confondre en je t’aime
Devant ton corps tout près de la mort.
Les gens en noir nous saluaient
Nous offrant des condoléances
Qui n’ôtaient pas la déchéance
Dans laquelle on s’immergeait.
Des amis perdus et des voisins
Qui venaient même pas te saluer,
Quand doucement tu vieillissais
Assis au seuil de ton chagrin.
Ils étaient là, dernier hommage
Pour un grand homme, que c’est dommage,
Mais aucun d’eux n’aura comprit
Le vide que t’as laissé ici.
J’ai cette esquisse de ton visage
Tout pâle, tout froid, inanimé,
Qui me poursuit comme un mirage,
Un vrai cauchemar tant détesté.
Je pensais pas que t’étais parti,
Pour ainsi dire à l’infini,
Je pensais que sous ta casquette rayée
Un jour ou l’autre tu reviendrais.
Mais les jours passent
Et mon cœur ne se lasse
De les compter pour t’espérer,
Sans accepter cette foutue réalité.
Le jour je ris, la nuit je pleure,
Ne m’en veux pas de mes erreurs,
Elles contribuent à faire mon deuil
Mais c’est si dur et j’ai tant peur…
Je donnerais tant pour que tu sois là,
Pour que tu reviennes, ôtant la peine
Que creuse ton absence maudite,
L’écho brûlant de ton sourire…
Si je pouvais un bref instant te parler,
Sentir très fort que tu m’écoutes,
Te confier mes peurs et puis mes doutes
Être dans tes bras pour me rassurer.
Je voudrais tellement m’excuser
Pour tous tes chemins désignés,
Que je n’ai pas su respecter,
Et qui, j’avoue, m’ont tant coûté…
Je voudrais tellement te dire
Que tout s’obstine à me détruire,
Tout ce que tu as délaissé
Au creux de ta vie ponctuée.
Je voudrais tellement te voir
Entendre ton rire et puis ta voix
Te surveiller quand tu tardes trop
A revenir de ton bureau.
Je vouloir tellement m’immerger
Dans le discours de ton passé
Soigner tes plaies et tes souffrances
Par l’innocence de mon enfance.
Je voudrais tellement une fois te lire
Les titres phares du journal
Pour que soudain tu te mettes à rire
En me disant que c’est la débâcle…
Je voudrais tellement me blottir
Au sein de ta regrettée tendresse,
T’entendre dire que je suis belle,
Prier la mort pour qu’elle t’évite.
Je voudrais que tout redevienne,
Comme quand je pensais « la vie est belle »
Comme quand je croyais la tienne éternelle,
Comme quand je n’avais pas cette putain de peine.
J’avais tellement fondé d’espoirs,
J’voulais que tu touches ma robe blanche
D’engagements et de louanges,
Que tu sois fier de mon histoire.
Je voulais que tu connaisses mes enfants,
Que tu les serres contre ton corps,
En les berçant tout doucement
De ta tendresse que j’aimais tant.
Et puis voilà le sommeil éternel
Est venu foutre en l’air mes rêves,
En te couvrant de son silence,
En me plongeant dans la démence.
La démence que j’ai voulu renié
Que j’ai noyé et consumé
Pourvu que mes évasions psychiques
Effacent tes gouffres multiples.
Pourvu que ton absence sombre dans ma vodka
Comme un glaçon d’ores à jamais pas assez froid
Pourvu que ton manque en moi se consume
Comme cette herbe euphorique qu’âme en paix je fume.
Pourvu que j’en oublie ce jour maudit
Où j’ai vu ton cercueil éventrer mon cœur
En habitant ce caveau aigri à l’infini,
Qui a fait de mes yeux, d’éternels lits de pleurs.
Le jour de ton enterrement
A tué en moi l’enfant,
Depuis je t’attends, les larmes aux yeux
Depuis j’attends, les yeux aux cieux…