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Precepte a publié ce texte le 15/12/2008 à 01:13:30 |
C'était une chambre d'hôtel vieillotte; avec sa tapisserie ancienne sur laquelle s'emmêlaient des arabesques de ronces aux couleurs ternes et improbables; avec son mobilier rustique, imposant comme taillé directement dans le tronc d'un arbre ; avec ses soupirs de femme éperdue et ses grognements d'homme harassé; une chambre de mauvais goût et stéréotypée où se jouait une lutte pour le plaisir. Elle s'appelait Élise et ses jambes, deux blanches ficelles cassantes, venaient s'arc_bouter contre la taille de Louis, ses pieds sans vie martelant les hanches du vaillant mâle à la cadence de ses assauts. L'hôtel, un bâtiment tout en longueur dans un style simple, fait pour durer, se situait dans une rue étroite non loin du quartier des affaires. Il accueillait exclusivement des couples clandestins venus assouvir leur désir sans issue à l'heure du déjeuner.
L'ardeur de l'étreinte redoubla comme prise d'une passion furieuse: il s'agissait maintenant de coups brutaux que jetaient les reins de Louis, Élise encaissait avec l'abandon le plus total. Ils reçurent à l'unisson le message du bonheur : un puissant vide apaisant, que rien ne pouvait distraire. Louis s'affaissa alors de tout son poids sur sa partenaire, embrassant son cou de ses dernières forces. Elle se tordit comme un vers sous les picotements de sa barbe et le chassa gentiment sur le côté, retrouvant avec joie son entière liberté. Ils restèrent ainsi quelques minutes, elle sur le dos, les traits détendus, heureuse; lui, la face dans l'édredon, somnolant à demi.
Une envie soudaine la fit se redresser, elle alla fouiller ses affaires éparses au pied du lit, retira une longue cigarette et un briquet d'une poche de sa veste et se rassit.
_ Tu en voulais une?
Louis répondit que non et lui passa un cendrier. Il fut pris d'une grande tristesse sans aucune raison particulière. Cela lui rappela sa jeunesse et les déprimes qui pouvait surgir après un long voyage aux acides. Élise ne parut pas remarquer son désarroi et il en fut agacé. Peut-être eut-il souhaité du réconfort, mais elle se mit subitement à glousser tel une enfant qui se rejoue en pensée une de ses bonnes farces.
_ Tu te souviens de ce type qui faisait semblant de chanter dans sa main?
_ Oui, lâcha-t-il malgré lui.
_ Tu lui avais demandé un autographe. Il en était si fier! poursuivit Élise, à présent hilare. Elle souffla par saccades sur les cendres qu'elle avait laissé tomber sur le lit.
_ Je l'ai gardé, compléta Louis, il est encadré au-dessus de mon bureau.... Tu le verra si tu viens chez moi un jour.
Et cette idée finit par l'égayer complètement. Élise, cependant, s'était immédiatement renfrognée. Elle tira nerveusement sur sa cigarette qui ne ressemblait presque plus qu'à une longue tige rouge.
_ Nous commençons à avoir des histoires communes, pensa-t-elle tout haut.
_ Comme un petit couple, renchérit Louis, ne semblant pas avoir remarqué le changement de ton.
Une fois la cigarette jetée négligemment dans le cendrier, Élise ramena ses genoux contre sa poitrine. Louis se rapprocha tellement qu'elle pouvait sentir son haleine sur son épaule. C'était chaud, mais une chaleur humide et désagréable. Il parla d'une voix enrobée de miel tandis qu'elle se serrait un peu plus en boule.
_ Tout ces souvenirs, dit-il, ces histoires rien qu'à nous dont on rit tellement; ça doit être ça l'amour! (Elle le dévisagea d'un œil mauvais) Quelqu'un a dit un jour : « l'amour, c'est ce qu'il se passe entre deux personnes qui s'aime. » C'est joli, non?
Élise ne répondit pas. Elle préféra sauter du lit et cacher son air furieux. Ce type là, se dit-elle, toujours à quémander des miettes d'affections... Toujours à vouloir être rassuré! Il passe son temps à étiqueter les choses, à mettre des règles et un cadre à sa vie. Elle l'observa en décrochant un peignoir épais sur la porte de la salle de bain, sa colère diminuait lentement. Elle dérangea des boites, fouilla des trousses de toilettes, en retira une éponge, une brosse et des élastiques à cheveux puis soudain se figea, défiante devant Louis.
_ Allons! Mais il ne s'agit vraiment pas de ça entre nous, lança-t-elle enfin avant de se faire couler un bain brulant.
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Merci du commentaire, tes remarques m'aident beaucoup! Tu me fais remarquer que la 1ere phrase a été écrite rapidement pour me débarrasser de la description, chose que je n'aime pas faire. On ne le dira jamais assez, c'est à cela que sert cet espace! J'ai essayé de faire comme si le lecteur regardait un début de film avec une camera qui se balade dans la pièce avant de désigner le couple. Mais effectivement, je peux garder l'idée tout en allégeant la phrase. Il faut dire que je suis le spécialiste des commencements au quart de tour, j'ai voulu changer un peu. La dernière réplique aussi, n'est qu'une intention, cette nouvelle a été écrite presque d'un jet, j'avais une idée que je ne voulait pas perdre de vue et c'est pourquoi certains passages sont volontairement bâclés. J'ai déjà fait lire ce texte à quelqu'un qui m'a fait à peu près les même remarques mais j'ai décidé de le livrer tout de même tel quel, bien que je trouve moi aussi des choses à redire, et ceci afin de recueillir le plus d'avis possible quant à son amélioration. Je n'en dis pas plus sur mes intentions, car je poste la suite très prochainement! En effet, il fallait lire dans le titre : la chambre 1 sur 3. Merci encore, Amitiés --------------------------------------------------------- Feindre de croire un mensonge est un mensonge exquis.
[Maurice Chapelan] Extrait d' Amours, amour |