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Dwinster a publié ce texte le 04/12/2008 à 15:38:07 |
Elle n'a plus froid. Elle dit qu'elle veut enlever ses chaussettes parce que ses chaussettes l'enferment. Je n'ai jamais vraiment compris comment l'on peut être enfermé par ses chaussettes alors je ris. Je ris et je lui dit :" Enfermée par tes chaussettes? Je vois ce que tu veux dire". Mais je ne vois pas.
Je mens parce que j'aime être près d'elle, près de cet être qui me ressemble tellement et m'est à la fois complètement étranger. Sally. Elle dit qu'elle s'appelle Sally. Elle aurait pu choisir quelqu'un d'autre mais ce soir, c'est moi qui partage ses respirations. Les douces notes des Moldy Peaches "Anyone else but you" résonnent à travers les baffles à pile que ma mère m'a acheté pour noël. Je ne pense pas qu'elle connaissait l'utilisation, le but ou la manière quand elle s'est dit :" Je pense que ça va lui plaire".
Sally remue ses cheveux, Sally écoute mon cœur battre et on dirait que ça lui plaît. Sally écoute mon coeur et les Moldy Peaches, mais les Moldy peaches ne changent pas de rythme quand Sally pose son oreille sur ma poitrine. Elle me regarde, et dans un souffle, elle me dit :" Quelle est la chose la plus folle que tu aies jamais faite?". C'est pas anodin, de demander ça à quelqu'un qu'on vient de rencontrer. C'est pas comme dire :" Qu'est ce que tu fais dans la vie?". Moi, la première chose qui me vient à l'esprit quand je rencontre quelqu'un ne ressemble en rien à celle-là… Je me dis que j'ai de la chance. Parce que je viens de rencontrer quelqu'un d'assez fou pour me dire ça, parce que personne ne me l'avais jamais demandé, à moi. La réponse à moitié formulée, j'essaie d'articuler quelque chose, mais l'ébauche de mes mots a à peine franchis la commissure de mes lèvres qu'elle pose un doigt dessus et m'embrasse.
Ses lèvres sont douces et elle me dit :" Viens".
Que voulez vous que je réponde? Comme un puceau de 13 ans, je me dépatouille comme je peux avec ma peur, l'éjaculation précoce d'une action plutôt que dans l'action, et je la suis alors que tous mes muscles tentent de réfréner le mouvement.
Ils provoquent des crampes et Sally me demande si tout va bien. Je lui dis :" Oui". C'est drôle de voir comme parfois les organes de notre corps comme les muscles sont parfois bien plus réfléchis que notre cerveau. Ils tirent la sonnette d'alarme mais mon corps n'est pas équipé des mêmes systèmes d'arrêt d'urgence que les trains, alors je continue à courir derrière elle et sa main qui m'emporte. C'est une course étrange et Sally semble à la fois pressée et angoissée quand je sens sa main qui serre la mienne de plus en plus fort. Je ne sais même plus où elle m'emmène alors que j'ai vécu ici toute ma vie. Je ne vois que les mouvements de sa robe, je ne suis plus que l'étreinte de nos mains, mon individualité concentrée dans ce lien charnel aussi puissant qu'innocent.
Je vois une maison qui se dessine progressivement à l'horizon tandis que notre course, stoppée par notre physionomie plus que par notre envie d'en finir, semble s'étouffer dans la distance qui nous en sépare. C'est ce moment que je choisis pour lui dire :" C'est ici que tu habites?". D'abord, elle ne me répond pas, elle semble interroger les astres sur le bien fondé de ses actes, mais elle me regarde longuement et me murmure :" Oui et non. J'habitais ici, j'habite ici, je ne sais plus vraiment...". Il n'existe pas réellement de question plus fermée et désuète... Il n'y a pas vraiment d'ambiguïté dans cette question... Alors même que je pense cela, la maison semble enfin nous apparaître entièrement et Sally me dit :" Ils sont tous là, tu vas comprendre,...". Elle m'embrasse, fait volte face et gravit les quelques marches qui nous séparent de la porte d'entrée. Avant même qu'elle ne touche la poignée, la porte s'ouvre en grand, et la voie d'une fillette résonne dans le hall d'entrée. "Tu es venue avec quelqu'un? Maman t'avais pourtant défendue...". La fillette me regarde, sourie, et s'en va en courant.
Sally s'engouffre dans la maison et je la suis encore alors qu'un long frisson me parcours l'échine quasi instantanément, un truc profond et émotionnel, un truc qui ne ressemble en rien à ce que j'ai jamais ressenti.
Je n’ai plus de prise sur mon comportement. J’ai l’impression d’être une prolongation de Sally. C’est plutôt agréable de me dire que je n’ai aucun point de contrôle sur ce que je fais. Sa robe légère transpire la féminité, effluves de parfum et plis en tous genres sont les maîtres mots de sa tenue. Après avoir plongé ses lèvres et mélangé sa langue avec un Gin Tonic, elle continue ce que nous avions commencé plus tôt. Je n’entends plus que son âme et ses soupirs. Mon propre corps n’est plus connecté à ce que je suis, libéré des contraintes d’être d’une manière ou d’une autre, mes muscles se détendent enfin et je me laisse bercer par la mélodie de mouvements qui s’empare de nous.
Une danse à cheval entre parade amoureuse et transe contrôlée.
Je souffle quand elle inspire pour que nous échangions jusqu’au moindre fragment de nos êtres. Il n’y a plus de place pour les unités de temps, de lieu ou de protagoniste et tout ce que j’ai vécu avant n’a plus aucune importance. Ce que je suis, ce que je voudrais être, tout ça se confond en elle pour ne laisser place qu’à cette étreinte éternelle qui nous emporte dans la nuit. Nous sommes les voyageurs de toujours et à jamais, immortels jusqu’à notre mort.
Il y a des choses qu’on n’oublie pas. On savoure les moments passés ensemble sans se rendre compte qu’ils deviendront les souvenirs propices à la dépression ou la mélancolie. Ceux qui n’ont jamais vécu le bonheur ne peuvent pas être malheureux, ils ne peuvent tout simplement pas se positionner par rapport à ces fortes expériences. La dépression n’est qu’une des conséquences de la joie de vivre…
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