La mélodie suave déroule ses arpèges
en glissando subtile où les pointes rosées
ponctuent les pas chassés sous le tulle de neige
d'infimes soupirs. La danseuse habitée
par les notes fleuries naissant des doigts agiles
dessine sur la scène une arabesque bleue
suspendue au plaisir par des courbes fragiles.
La sonate et la danse font un ce qui est deux.
Les volutes de notes aux épaules menues
invisibles déploient des ailes gracieuses
donnant aux entrechats la pureté des nues
comme si du soleil, en salves merveilleuses
venait l'oiseau de feu, riche d'imaginaire.
Les doigts aux touches blanches en caressant les noires
troublent l'âme blessée de musique lunaire
et les bras onduleux chatoient comme la moire.
Les langages sans mots se marient en secret
sur la scène du monde et font danser un ange
dont le corps irradiant au sourire parfait
dans sa féminité toute entière chante
l'amour et la beauté quand glisse la musique
et les « desssus-dessous » qui suivent la portée
sont les chuchotements des lignes mélodiques
comme si l'instrument redoutait le silence.
La fleur dans ses cheveux rend jaloux le piano
amoureux éperdu de cette ballerine
fluette et lumineuse, il donne crescendo
en hommage à son art des trilles volubiles
dont le compas soyeux des jambes fuselées
fait une profusion d'écarts ensorceleurs,
et la danseuse émue pose une pointe fine
sur la dernière note, une flèche en plein coeur.
16 novembre 2008 - Mady Kissine