Au soldat triomphant, la couronne de laurier
signe que la nature elle-même est vaincue,
et que le monde entier devra se prosterner.
Un peu de vent pourtant, et seront revenus
les conflits et les coups de canon sur la terre.
Au front ensanglanté les hommes de Judée
ont tressé des épines d'ironie délétère.
A l'ombre de la croix une mère a pleuré.
Les rois et empereurs ont serti de rubis
l'emblême de la gloire, pour la postérité.
Le droit divin placé parmi les pierreries
souvent lourd à porter les a fait vaciller.
Au voile blanc d'antan les fleurs de lys posées
en diadème odorant disaient l'amour soyeux
et la virginité des nouvelles mariées
au jour tant attendu de l'hymen bienheureux.
Les fillettes émues, pour jouer à la vie,
cueillaient, fébrilement, des rames d'aubépine
pour se marier enfants avec leur bon ami,
quand mère voulait bien donner sa mousseline,
pendant que les garçons, absents du mariage,
avec des branches de bois, fabriquaient des fusils
pour faire d'elles des veuves. Les guerres au petit âge
avaient le goût sucré de guimauve et d'anis.
Dans la chaleur épaisse où les joueurs de cartes
fabriquent des histoires de dames et de rois,
il faut bien se méfier, car la couleur écarte
les droits des couronnés, l'as qui sort, fait la loi.
(Un détail surprenant, pour tous les bijoutiers,
on préfère aujourd'hui, quand la dent est gâtée,
à la couronne d'or, celle qui peut tromper
le regard amoureux, la céramique est née...)
Aux tombes où nos coeurs à jamais enterrés
dorment dans la fraîcheur, le souvenir toujours
dépose des corolles en rondes parfumées
entourant notre vide d'une alliance d'amour.
11 novembre 2008 - Mady Kissine