Ave Maria, dis-moi pourquoi
depuis le temps que je suis née
jamais n'ai vu le moindre émoi
dans ton regard, suis-je damnée ?
Il n'y a pas sur cette terre
plus de chaleur de volupté
que dans l'amour vrai d'une mère
qu'à ses enfants elle sait donner.
Ave Maria, m'a-t-on appris
sur tous les tons, que père et mère
toujours seront trésors chéris,
que c'est la Loi, qu'il faut se taire
et adorer, jour après jour
le pays chaud d'où l'on naquit,
empli de sève douce d'amour.
je sais cela, on me l'a dit.
De compliments jamais n'ai eus,
ni de caresses, de rires fous,
joyaux sublimes des temps perdus
dont on construit, dit-on, son TOUT.
Bien au contraire, j'étais en trop
dans la couvée, par le hasard :
Qui donc tira dans ce loto
un double-six au destin rare ?
Double-zéro, fatalité,
plaisanterie ou punition.
Au lieu d'un seul, deux nouveaux-nés
dont, Dieu merci, un beau garçon.
Ave Maria, j'ai tant de peine
malgré les ans amoncelés
de m'excuser à Madeleine
qui n'a jamais voulu m'aimer.
Jouée aux dés, quelle est ma vie ?
Je n'ai pas eu au premier jour
son sein gonflé, ses pleurs ravis,
petit canard, quel vilain tour...
Si je n'avais pas eu de chance
pour commencer à exister,
j'étais moitié, dès la naissance,
superflue et non souhaitée.
Et la survie dans une cage
de verre blanc, en plein hiver,
sans bandelettes au sarcophage
aux blouses blanches faisait pitié.
Ave Maria, la fin du jour
garde en mon coeur les rêves blonds.
Les étoiles d'espoir, toujours
de mon passé m'éloigneront.
10 novembre 2008 - Mady Kissine