Il y eut un printemps, l'enfance dans le nid,
étroite académie des règles de grammaire,
et le verbe jouer conjugué mais fini
avant de commencer.. quant à rire, misère...
Vinrent enfin les mots, promesses de plaisir
l'aile du féminin, violette au porte-plume,
le droit en grand secret, et sans bruit, de s'enfuir
dans les contes d'amour où Pierrot sous la lune
pleurait sans dire pourquoi, tant sa peine pesait.
La crainte d'exprimer le vrai, l'insurmontable,
la solitude bleue et les larmes de jais
coulant des yeux des biches quand vient l'inexorable,
les douze coups du sort en forme de sorcière,
la magie de l'amour, le long glaive au dragon,
faisant jaillir ma peur des flammes de ma mère
et la résignation pauvre de Cendrillon.
Mais autant les princes devaient être charmants,
par leur ressentiment amoureux, éternel,
autant je souriais de les voir, notamment,
dans la peau d'un crapaud, conquérir toutes belles.
Non, il ne fallait pas douter que cela fut,
dans l'enfance facile, ce bonheur de la foi
en l'Amour fabuleux illuminant les nues,
venant toujours à point, cent ans n'ont pas de poids...
Le hasard maléfique jusqu'aux marais humides
fit rouler l'oeuf trop lourd à l'écart du chemin :
petit canard si seul, radeau sur l'onde vide
cherchant sans le savoir les cygnes de demain...
12 octobre 2008 - Mady Kissine