Appuyé sur ses quatre membres, le visage face au sol, le ventre chatouillé par des lames émeraudes, il avançait. Il avançait encore. Il tentait tant bien que mal de se frayer un chemin parmi ces lames aiguisées, mais il n'y parvenait pas. Le vent lui fouettait le visage et l'épuisait, ses mains tiraient son corps tout entier tandis que ses genoux traînaient dans la boue.
Les genoux ? Bientôt écarlates !
Les couleurs se mélangeaient avec violence : vert, marron, rouge, puis jaune ! Le sable cuit commençait à s'introduire dans ses chaussons ! Il était bouillant. Au dessus de lui, c'était pire ! Le soleil brûlait si fort que son crâne dépouillé commençait à rougir.
Il était proche de son objectif, encore une dizaine de mètres et il arrivait au monde des couleurs ! Ce monde qui lui avait injecté tant de sensations, ce monde où il avait tangué d'ivresse, ce monde si dangereux mais pourtant si attirant... Le monde de tous les plaisirs ! Il s'approcha de plus en plus de ce lieu sacré jusqu'à ce que l'un de ses lacets s'emmêle à une grosse racine qui jaillissait du sol ! Il ne pouvait plus se retourner... La fatigue, la chaleur, la soif, ces lames vertes qui lui coloriaient les mains ; c'en était trop ! Bientôt, des larmes roulaient le long de ses grosses joues gélatineuses. Non, décidément il n'en pouvait plus ! Il était à bout de souffle...
Désemparé, il se mit à hurler.
La maman de cet enfant accourut vers lui. La peur la poursuivait, mais elle l'avait semée. Ce bébé, seul au milieu du gazon, espérait atteindre le parc de jeux après avoir échappé à sa bienfaitrice. Très rapidement, il s'endormit paisiblement.
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