Pauvre et aride sous le soleil,
mon pays noir se désespère
d'avoir subi autant de fiel
que de saccages, et tant de guerres.
Pour son sous-sol, ses hommes nus
vendus au prix d'un bout de pain
aimant leur dieu, les mains tendues
le coeur ouvert, mourant de faim.
Si sombre soit cette figure
luisante et pure, sans vilénie,
l'ivoire blanc sans forfaiture
sourit au Ciel quand il le prie.
Tous les sorciers de ce pays
savent fermer les yeux au mal
avec l'Amour, et les grigris
mieux qu'un autel monumental.
Les appétits et les espoirs
coloniaux ont tant brisé
l'immaculé des âmes noires
que je ne peux les pardonner.
La douce Afrique existe en moi.
Rouge de sang, l'humanité
n'a rien appris des hors-la-loi
que faire périr tant de beauté.
Je n'aurai pas assez de temps
pour dire au monde qu'il faut aimer
l'arche perdue sur l'océan
de nos hiers au jour dernier.
Car sans elle rien ne serait,
la palette de nos couleurs
sans sa lumière obscurcirait
l'avenir bleu de nos bonheurs.
Fasse la vie nous souvenir
du trop petit aux yeux de faon
posé par terre où son gémir
sec et muet de non-enfant
attend la main rèche et docile
qui bénira ses cheveux drus
pour excuser sa faim tranquille
nos coeurs fermés, nos âmes nues.
4 octobre 2008 - Mady Kissine