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Adella a publié ce texte le 01/10/2008 à 07:47:50
875 Lu(s)
3 Com(s)
0 Vote(s)

La nostalgie est là. elle n'est pas regret. elle est reconstruction.



La nostalgie est là.
Elle n'est pas regret.
Elle est reconstruction.

Ce dernier retour sur les lieux du travail, je le craignais.

C'était la dernière ligne droite avant "ma libération" à laquelle je n'osais croire encore.

Le médecin conseil, m'a rassurée, a semblé comprendre ce que j'éprouvais et je lui en suis reconnaissante.

Les collègues que j'ai croisés pendant que j'attendais mon tour, se sont interrompus alors que je leur faisais un sourire de loin, sans vouloir les déranger.

Ils m'ont fêtée : je faisais encore partie des leurs, je n'étais pas reniée.

Moi, je ressentais des sentiments mitigés : le soulagement se mêlait à du ressentiment comme si j'avais été obligée de "démissionner" alors que mon histoire avec l'entreprise était comme une histoire d'amour tronquée…

Comme un divorce recherché dans l'intérêt des deux parties et où la passion, de mon côté, n'était pas éteinte et que les moments vécus "ensemble" étaient si forts que....
Que, comme dans une histoire d'amour, l'affection partagée tout au long des jours survivrait à un divorce, au regret de n'avoir pu poursuivre alors que l'on arrivait à la fin d'une vie à deux.

Vie que je menais tambour battant et qui me semblait plein de promesses, de partages.

Mes rêves depuis ce retour "forcé" redeviennent plus légers.

Les cauchemars refluent.

Je revis certaines situations de travail mais avec moins d'angoisse.

Mes rêves ou ses protagonistes subissent des transformations.
Même ces coups de feu... Ces détonations, comme en pleine guerre. Inattendus dans un bureau qui connaissait d'autres fièvres... si insignifiantes maintenant.
Et puis le masque de peur, cire monstrueuse, dégoulinant sur les traits de ma collègue, la faisant devenir autre, comme déjà morte.
Moi, une autre, agissant, se voyant agir de loin, comme un cameraman gravant les cènes sur la pellicule de ma mémoire... Je m'aime en guerrière, je m'aime car je n'aurais pu supporter de n'avoir pas su réagir à cette agression impensable les bras ballants.
N'empêche... N'empêche, je me sens vidée à revivre indéfiniment, chaque nuit la même scène avec des ajouts... détails oubliés, occultés qu'une mémoire tenace veut me reprojeter sur écran géant. Pour m'en guérir ?

Une fois réveillée, j'en interprète la signification et je me sens mieux car j'y vois un message d'espoir sur la vie qui m'attend. Car d'autres agressions s'y superposent et comme un cycle, m'en font entrevoir un message mystérieux.

Et le message est fort. Tu es forte... tu es une guerrière... de vie. Tu es violente mais de la violence douce de celle qui défend son autre soi. N'aie pas peur de ta violence. Accepte-la.
Alors apaisée, un peu, j'essaie d'accepter cette violence qui m'a fait réagir. Et qui a choisi : elle a soustrait d'une poussée l'agressée aux coups de feu. Elle a laissé exprimer cette violence désespérée de l'autre, laissé fuser les coups de feu tout autour d'elles alors que pour un instant, elle aurait voulu se jeter sur l'agresseur... et le bourrer de coups.

Réconfortée. Enfin, sur le petit matin, quelques minutes volées viennent enfin répararer la nuit morcelée. Et ces minutes miraculesues continuent ma nuit et soudent les scènes tronquées des cauchemars qui ne veulent pas finir encore.

Cette "nuit", j'ai recommencé à voler et à parcourir d'un coup de rein les paysages de mon enfance dans mon Île ou mes premières années en France, lorsque nous avons rejoint Papa.

Mes amis d'enfance revivent et me consolent, ma grand-mère, mes cousins.

Tout me semble consolation, apaisement.

Et même les moments qui étaient source de chagrin lorsque je les vivais en son temps, me mettent comme un voile de soie sur mon cœur, n'en retenant que la douceur du souvenir.

Lorsque je revisite ainsi les lieux de travail avant et après mon entrée dans mon entreprise, je n'ai plus ces angoisses qui me faisaient chercher le bon ascenseur, où je me retrouvais dans des lieux obscurs.

Les gestes simples des tâches que j'accomplissais avec plaisir et sans effort avant l'agression, cet accident de la vie, comme on dit pudiquement, revenaient sans angoisse.

C'est un mieux car, après les évènements, je les revivais avec crainte, alarme où tout me paraissait angoisse, avec une répétition lancinante et répétitive de gestes où rien ne finissait.

Ainsi, je me voyais hanter des couloirs qui appartenaient à des lieux de travail différents et qui se fondaient en un lieu où je me voyais chercher un étage, un bureau, où aucune photocopieuse ne fonctionnait, où les escaliers menaient à des bureaux occupés par des gens hostiles ou encore complètement désertés que je devais nettoyer sans cesse avant de pouvoir m'installer pour travailler. ..

Dans ces rêves, cauchemars, je n'arrivais pas à pouvoir travailler, à chaque fois quelque chose m'en empêchait.

Le téléphone n'était pas branché, l'ordinateur n'était pas paramétré pour le travail que j'avais à faire, le fax n'arrivait pas à passer. Je m'épuisais à courir, à chercher, à trouver le matériel, revenir, repartir…

Situations qui me faisaient agir sans inquiétude, comme en me jouant, dans la vie réelle, où je trouvais des solutions sans y penser mais qu'après les évènements….

Cet épuisement qui se cumulait, participait à un dysfonctionnement qui semblait organisé car on finissait par s'autocensurer dans l'aide que l'on attendait ou que l'on aurait pu demander car d'autres vivaient le même train d'enfer.

Cette inquiétude s'ajoutait à la crainte des transports en panne, ou horaires désynchronisés, crainte d'être, rêver que l'on est bloqué dans les transports, ne pas arriver, ne pas pouvoir rentrer chez soi… errer…

Et puis, je voyais d'autres collègues, qui continuaient à sourire, malgré leur soucis, leurs problèmes de santé, quelquefois non dits… Alors de quel droit aurais-je pu me plaindre, faire moins… Je serrais les dents et je continuais à avancer… Serrer les dents devant les ascenseurs, les balcons, ma peur du vide, de sauter…

Mais aujourd'hui, ces situations surmontées.

Les derniers efforts aux défis que je me lançais sont derrière moi.

Cela s'apaise.

Le deuil se fait.

Mais c'est égal : une séparation est toujours un échec de quelque chose.

C'est égal : je survivrai.

C'est égal : je continuerai.

Et je me sens déjà plus forte.

Et puis, j'ai eu des rencontres au travail et ailleurs qui m'ont grandie à mes propres yeux : car leurs yeux s'y reflétaient.

Je vis et je continue à accomplir mon histoire.

J'aime le temps qui passe. Et que je sens passer, doucement…

Dolcemente.

Et puis, j'ai encore tellement de choses à vivre...

N'est-ce pas ?

N'est-ce pas ???


3 Commentaires

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@Adella 01/10/2008 à 09:13:34

Oui...Tellement de choses à vivre ! Avec le temps, l'expérience s'entretient, elle devient philosophie de vie et permet d'éviter à temps les obstacles. A chacun ses souffrances, elles ne se mesurent ni se comparent...et en garder le sourire et l'espoir est à mon sens une impressionnante force de caractère et de vie. Un travail sur soi-même qui permet de relativiser cette Nostalgie pour mieux "se reconstruire". Bravo :fleur:
Anonyme
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@Anononyme 01/10/2008 à 09:53:45

Douce Sahel et belle et sage... tu es sûre que tu n'as que... l'âge que tu as ???
Baisers doux mon amie... sincèrement. :j:
0
@Anononyme 01/10/2008 à 10:59:33

Fyaline... :fleur:

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N°2 http://www.nouvelle-poesie.com/texte-6920--Biographie-La-nostalgie-est-la-elle-n-est-pas-regret-elle-est-reconstruction.php (2 fois)


La nostalgie est là. elle n'est pas regret. elle est reconstruction.