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Nouvelles Littéraires : Night

 Note moyenne : 10/10

  
Posted by Sunner on 2008/9/19 10:08:28 (103 reads) News by the same author
Nouvelles Littéraires



Night

Marc détacha un gobelet. Le bruit sourd de la fontaine se déclencha. Le liquide brun coula, remplit les parois blanches du recipient. Il l'agrippa sur les coins et partit se rasseoir à son bureau. L'ordinateur allumé renvoyait une partie de solitaire à peine entamée. Il continua à jouer. Il regarda l'horloge au-dessus de la porte. « 23 heure...putain j'me fais chier... » Il jeta un regard à son collègue dans le box d'à côté. Il pianotait à toute vitesse sur son clavier. Il avait les traits tirés, de la sueur sur les tempes. Ses yeux étaient rouges de fatigue. « Alors J.? Ca avance? » L'autre marmonna: « Ouai... bientôt fini. » Marc ricana et se replongea dans la réflexion aléatoire de son jeu. Les minutes passaient lentement. Aucun mouvement. On entendait que les coups fébriles donnés aux touches de J. Rien d'autre. « Ah qu'est-ce que je m'emmerde! » cria Marc. Il entreprit de ranger son bureau, recadra la photo qui le représentait, son diplôme en main, deux ans auparavant. Bonne promotion. Il était sorti cinquante et unième sur 300. Pas mal classé. Il avait pû choisir son poste. Le terrain. Il croyait avoir ça dans le sang. Sauf que ce soir, c'était le vide total! D'un mouvement d'humeur il envoya voler une boîte de trombonne. Au passage, il renversa son café encore brûlant. « Merde merde! » Il recula violemment. Le liquide longea les bordures de la table et se mit à couler à grosses gouttes sur le sol. « Qu'est-ce qui a D.? T'arrives pas à te retenir? » Il entendit des rires sortirent de la pièce à côté. « Connards » pensa-t-il. Il saisit une pile de papier blanc et épongea la coulée brunâtre qui menacait de tremper un dossier. « Fais vraiment chier! » Il s'extirpa de son bureau. Retour à la machine. Il appuyea rageusement sur une des touches. Bruit sourd. Soudain, une voix métallique jaillit d'un walkie-talkie posée sur une table non loin. « Code... Adresse: ... C'est les voisins qui nous on prévenu... Un mec qui tape sur sa femme. Ca dégénère. » Celui qui avait chambré Marc tout à l'heure cria: « Ok les gars on y va. » Marc laissa là son café, se précipita vers un tiroir. A l'intérieur, le holster noir abritait son arme. Jamais il ne s'en était servi. Il la saisit, un peu fébrile. Il récupéra sa torche posée sur le bureau. J. descendait déjà l'escalier. Marc courut jusqu'à la voiture, ouvrit la portière et s'assit derrière le conducteur. Ce dernier démarra en trombe. Le passager, un flic d'une quarantaine d'années prit le girophare posé devant lui, sur l'habitacle et l'installa sur le toit. La sirène se mit en marche. Marc tourna la tête vers la rue. Il faisait noir. Ils passaient justement dans une rue où les réverbères ne semblaient pas vouloir fonctionner. Un passant solitaire disparut dans l'ombre d'un porche au passage du véhicule. Il pensa: « Rien à te reprocher, hein? » Ils filaient toujours à vive allure. La circulation était calme. Les rares voitures encore présentes se rangeait sur le côté à leur approche. « On y est. » Ils s'arrêtèrent. Quartier résidentiel. Tout était calme. Les maisons étaient construites côte à côte. Boîte aux lettres impeccables. Gazon tondu. Marc fut un peu étonné qu'on les appelle dans un quartier comme celui-ci mais il se tût. Tous descendirent rapidement de la voiture. Soudain, ils se figèrent. Un coup de feu. Ca venait de la maison qu'on leur avait indiqué. « Bordel de merde » dit le lieutenant. Il se tourna vers eux: « M et moi on va faire le tour par derrière, ok? D. et J. vous passez par l'intérieur. » Il se dirigea doucement vers la clôture avec l'autre et longea le mur d'enceinte. Marc s'avança lui aussi, en direction de la maison, J. à sa suite. Il s'approcha de la porte. « Police! Police! Lâchez votre arme!Nous allons entrer » Ils n'entendirent plus un bruit. « Bon...on y va. » Il pressa la poignée. La porte s'ouvrit. Il fut quelques secondes un peu surpris puis se reprit. Il répéta: « C'est la police, Monsieur! Lâchez votre arme et montrez-vous! » Ils pénétrèrent dans l'entrée. Un lustre brillant illuminait l'entrée. Il jeta un coup d'oeil derrière lui. J. avait son flingue à la main. Marc entra dans une première pièce. Bibliothèque. Les hauts rayons richement décorés étaient remplis de livres. Une table en acajou trônait au centre. Il ressortit. Il passa le premier et s'engouffra dans un couloir. Sur sa droite, l'ouverture sombre d'une chambre l'emplit d'anxiété. « Putain où il est ce con?! » Il sentit son collègue le suivre de près dans son dos. Il passa une main, tâtonna et pressa l'interrupteur. Il se jeta sur le côté, arme au poing. Personne. C'était une chambre d'enfant. Des jouets jonchaient le sol. Il vit deux petits lits, posés chacun dans un coin. L'un des murs était peint en rose. Un tableau accroché: « Lise ». Sur l'autre, peint en bleu cette fois, on pouvait lire « Tom ». Marc chuchota: « Il doit y avoir des gosses ici. Les draps sont défaits. » Il acquiesca silencieusement. Ils poursuivirent leur marche silencieuse à travers la maison. Autre pièce. Autre chambre. L'interrupteur ne fonctionnait plus. Marc sortir sa torche de l'attache qui la liait à sa ceinture. Le halon jaune traversa la pièce. Un tour circulaire. Il ne vit rien d'abord. Puis, alors que J. avait lui aussi allumé une lampe, il la vit. Une femme en robe de chambre. Elle gisait sur le dos. Marc s'approcha. Ses yeux étaient ouverts. Ils prenaient cette couleur vitreuse que Marc n'avait encore jamais vu. Ou si plutôt. Une fois. Une vieille tante à lui avait eût ce même éclat dans le regard le jour où elle était morte. Il dirigea le rayon lumineux sur le corps de la femme. Elle avait un trou d'environ cinq centimètres de diamètre, juste au-dessous du sein. Le cratère sanguinolent était noir. Des fibres gorgées de sang collaient aux parois. Tout autour d'elle, les draps du lit prenaient une teinte rosée qui grandissait comme une corolle. « Merde. » J. avait déjà saisit son talkie pour prévenir une ambulance. Le visage de la femme n'était qu'un masque de souffrance. De l'écume naissait aux commissures de ses lèvres. Elle avait la bouche fermée. La contraction de ses mâchoires laissait penser qu'elle serrait les dents tant qu'elle pouvait. Et pourtant, tendant l'oreille, Marc crût l'entendre marmonner quelque chose. « Madame? Madame, c'est la police. Vous allez vous en sortir. L'ambulance arrive. Est-ce que vous savez où il est? » Sa tête désormais d'une blancheur cireuse bougea faiblement dans la direction de Marc. « Je... » Elle peinait abominablement à parler. « Devenu fou... Lisa... Tomy...» Elle se tût soudain. Marc sentit glisser sur son visage penché en avant, les relents odieux du dernier souffle de vie qui quittait ce corps. Il se redressa. Ne pas flancher. J. était lui aussi debout. Il se tenait d'une main au mur. De l'autre, il ne cessait de faire tourner sa torche tout autour de la pièce. « J.? J.! Calme ok? On doit encore le trouver. » Il conserva sa lampe allumée au poing. Il la tenait pour qu'elle pût rester collée à son arme. Il sentit son talkie grésiller. Il le porta à son oreille. « D.?

- Chef.

- Comment ça se passe à l'intérieur?

- Il a... il a tiré sur sa femme. Elle est salement blessée. L'ambulance arrive.

- On l'a repéré. Il se planque dans la salle de bain. On a un angle de tir mais on va essayé de faire ça en douceur ok?

- Ok chef. On...oui...on y est. »


Il chuchotait maintenant. Sur sa droite, il venait d'apercevoir une porte close. On avait fixé au bois une inscription en relief: « Bathroom ». Un canard goguenard barbotait dans un bain en teck. Dans leur dos, une grande hallogène inondait de lumière une large pièce. Cuisine. Il se concentra à nouveau, se positionna à gauche de la porte, tout contre le mur. Il cria: « Police! Nous savons que vous êtes là! Sortez doucement et tout se passera bien! » Il souffla lourdement. La peau de ses testicules était aussi fripée que celle d'un vieux pruneau. De nouveau, son talkie émit quelques grésillements nasillards: « Je... je n'arrive pas à voir si il est armé.

- On continue, chef? » Un silence. Puis « Oui. »

Le temps semblait s'être arrêté tout à coup. Marc inspira profondément. Il pivota parfaitement sur ses pieds. Son coprs décrivit une courbe qui l'emmena face à la porte. Le petit canard moulé le fixait des ses grands yeux bleus en riant. Il repensa aux cours qu'il avait reçu. Sa jambe d'appui solidement fixée au sol. Il lui sembla que sa jambe droite se levait très lentement. Trop lentement. Grésillements. Il saisit au vol les paroles affolées lâchées par son supérieur: « Putain de merde! Planquez-vous! Il est... » Temps suspend ton vol. Marc vit vibrer la porte. Elle éclata subitement. Comme dans un songe, il suivit le chemin désordonné d'échardes innombrables qui lui rentraient dans la peau, sur les bras. Et il y avait cette balle. Elle paraissait si imposante. Si dure. Il la vit disparaître sous son uniforme. Il la sentit déchirer lentement ses chairs, se frayer un chemin sans fin dans son ventre, broyer les organes, expulser tout ce sang, aller plus vite, toujours plus vite. Il fut propulser en arrière. Son épaule heurta durement le pas de la cuisine. Il s'effondra sans réaction. Tout était si calme alors. J. ôtait doucement les mains de ses oreilles. Il tournait la tête dans sa direction. Il avait l'air étonné. La porte s'ouvrit. Un homme en uniforme. Il était horrifié. Marc regarda derrière lui. Le tireur était face contre terre, le crâne fracassé. Il se mit à rire tout bas. Il était ridicule ce type, baignant dans son sang, habillé d'un caleçon trop petit. Son rire se changea en cri. Un petit cri, comme un sanglot. Ca ne venait plus de sa tête. Marc fit un terrible effort pour se tourner, apercevoir par dessus son épaule démise, deux enfants. Ils pleuraient l'un contre l'autre en regardant la scène sans comprendre. Chacun portait un pyjama différent, l'un rose, l'autre bleu. Marc ouvrit la bouche. « C'est fini, c'est fini. » Rien ne sortit. Il ferma les yeux. Il faisait nuit.

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Adella
Posted: 2008/9/20 8:30  Updated: 2008/9/20 8:30
Modérateur
Joined: 2008/8/5
From:
Posts: 853
 Re: Night
Note : (10/10)
Une nuit-cauchemar.
Une nuit où tout se condense.
Une nuit où on ne comprend plus l'humain.






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