Il n'y a plus personne dans ce quartier sans vie,
Cet endroit où jadis résonnaient tant de cris.
Les rires des enfants ont déserté ces rues,
Et seuls y passent encore des fantômes chenus.
Pourtant dans ma jeunesse on voyait tous les jours,
Les garçons et les filles des maisons alentour,
Venir jouer ici au ballon prisonnier,
Aux billes, à la bataille, et même à la poupée.
Cette ville dans la ville bruissait de mille bruits,
Le camion du laitier, celui de la crèmerie,
Les mères de famille bavardaient à leurs portes,
Petites maigrichonnes ou matrones accortes.
Les pères ouvriers rentraient le soir, fourbus,
De l'usine toute proche, où, tout de bleu vêtus,
Ils avaient accompli une tâche éreintante,
Pour nourrir leur famille et la rendre contente.
Quand on voyait enfin le gris de leurs cheveux,
Nous poussions de grands cris, laissions tomber nos jeux,
Nous jetions dans leurs bras et prenions leurs mains fortes,
Pour jusqu'à la maison, pouvoir leur faire escorte.
La cité est déserte, les maisons sont en ruines,
Pour couronner le tout il tombe une pluie fine,
Mais j'entends dans ma tête les rires des enfants,
Du temps où ce quartier était encore vivant.
Jowa59