Que n’ai-je tant vécu que mes ongles rabougris ne puissent raconter,
Que ces années passées dans le néant de l’âme a écrire sans parler,
Que n’ai-je vu en toi les sourires et les larmes couler sur le papier,
Comme des rêves sombres qui font vibrer le cœur et qui se sont fanés,
Que n’ai-je tant vécu que mon esprit de vieillard ne puisse faire chanter,
Que ces années filantes dans les couloirs obscurs de mon esprit muet,
D’un esprit enchaîné aux choses de ce monde qui l’ont tant enfermé,
Et qui au soir de sa vie se rappelle a peine la souffrance du jour ou il est né.
Que n’ai-je tant vécu de bêtise insondable, d’aberrations animées,
Devant mes yeux a peine écarquillés trop souvent habitué a ces énormités,
Que ce monde à l’intérêt glissant comme une serpillière qu’on laisse mouillées,
Qui vieillie et qui pue, qu’on finit en la méprisant par foutre dans l’évier,
Puis la malaxant pour la laver on fini par comprendre qu’elle est bien trop usée,
Et que la seule demeure ou elle finira de vivre sera dans les poubelles
débordées,
Que n’ai-je tant vu de ces âmes errantes s’éparpiller ainsi dans les rayons glacés,
De ces magasins grouillant de choses gigotantes incapable même de penser.
Que n’ai-je tant vécu, que je me sens si vieux en tapant ainsi sur mon triste
clavier,
Que n’ai-je tant vécu encore que mes os douloureux me rappellent mon métier,
Que celui-ci est grand comme un rafiot crevé, plein de rats et de crasse étalée,
Alors on est ainsi sur le pont chaque jour, en espérant qu’un jour tout sera
changé,
Que les fantomatiques voyageurs insensés finissent par déballer leur cerveau,
Pour qu’enfin je puisse dire que ces êtres pensant ne sont pas tous nigauds.
LSDL LeSabreDeLange