La rencontre trouble... (suite 3 et fin)
[Ne pas se débattre, surtout ne pas se débattre, résister jusqu’au premier tourniquet… pourvu qu’il soit dans le bon sens, ce sacré tourniquet… pourvu… pourvu qu’il, LUI, ne devine pas sa manœuvre…]
Elle le regarde bien dans les yeux, le défiant, et lui lance :
- On serait plus à l’aise sans les sacs… !
- Oui !
Il se baisse, pose son sac à lui… souriant… et elle... elle, s’élançant sur le tourniquet, met son billet à composter, en le surveillant, comme si elle jouait…
Elle a le geste de récupérer son billet en même temps que le tripode tourne.
Elle se voit !
Comme si elle voyait la scène, d'ailleurs, d'un écran ou comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre.
Mais il a compris… elle le voit dans ses yeux...
Et lui, se demande-t-elle dans un éclair, que voit-il dans les miens... ?
Surtout pas la peur... et d’un mouvement, il se relève et il se colle à elle et tourne entre les fourches du tripode avec elle comme un fraudeur…
Elle a saisi qu’elle ne pourrait aller bien loin dans le couloir et puis les escaliers encore à monter et là, plus personne pour l'aider ou simplement le dissuader, lui !
Elle rit et elle entend ce rire... Pourvu qu'il n'entende pas comme il est faux, comme il...
Elle ne comprend pas toujours ce qu'il dit... Son phrasé est discontinu.
Méconnaissance de la langue, ou bien ? Ou bien, joue-t-il de sa voix ?
Et elle lui lance :
- Il fallait le dire que vous n’aviez pas de billet !
Là, outré, décontenancé, il la regarde, les bras soudain le long du corps :
- Mais si j’ai un billet, et ce n’est même pas ma destination… !
Pour mieux l’en convaincre, comme s'il lui était vital qu'il comprenne que c'est pour elle qu'il était là, qu'il avait abandonné son sac, il l’accompagne tout en continuant à parler, jusqu’au bas de l’escalier…
- Bonsoir, alors ! lui dit-elle, le plus
calmement qu'elle put.
- Bonsoir, mais vous savez, je dis la vérité, toi, femme-femme…
Et comme pour avoir le dernier mot, il la plaque encore une fois contre lui à la faire tomber de la première marche sur laquelle elle se trouve et répète :
- Toi femme-très-femme !
- ...
- Tu sens, moi homme !
Elle voit du monde en haut des escaliers…
Le repousse et grimpe, grimpe…
Arrivée en haut, elle regarde derrière elle.
En bas de l’escalier, il n’y a plus personne !
Elle sort son téléphone de son sac et là seulement elle se laisse enfin aller…
En tremblant, elle entend la voix, SA voix, celle qu'elle espérait entendre. rassurante qui lui dit, sans demander si le trouble qu'il entend à travers l'espace est réel ou si... :
- Je viens te chercher, amour !
OUI... je t'en prie VIENS...