Ma déjà si douce Amie,
Vous ai-je raconté ?
Quoi ?
Mon premier baiser.
Je l’ai donné, plus qu’il ne m’a été pris.
En fait, ce fut un don réciproque. Qui nous a surpris.
J’étais si jeune. Et lui plus jeune encore.
Enfin, un peu.
Nos âmes bavardaient depuis des jours, déjà.
Et sur cette terrasse du sud, là bas dans mon Île, la maison siestait encore.
Les corps se retrouvaient dans une douce chaleur et s’imprégnaient de l’odeur de l’autre. La sieste du sud : célébration des corps.
Donc tout le monde siestait.
Sauf moi.
Et nous, sur cette terrasse, nous croisions nos regards qui avouaient ce que nos corps n’osaient comprendre.
Vous avez ressenti cela déjà, n’est-ce pas ma douce ?
Ces fils délicats, tissés par la vierge aragne ?
Qui lient d’une façon si douce et suave des cœurs encore neufs ?
Cet émoi que l’on s’attache à retrouver, inconsciemment, d’une façon si ancrée, si viscérale, dans chaque nouvel amour qui vient.
Chaque rencontre… A chaque fois que notre âme chuchote à notre raison « Et si c’était lui ? ».
Mais là, encore, je ne savais pas.
Je ne connaissais pas encore l’après.
Je vous disais. Nous étions sur cette terrasse.
Le soleil déjà allongeait l’ombre des canisses qui abritait le tapis qui m’avait accueillie, moi et mon livre, pendant que j’absorbais le soleil qui me manquait tellement dans ma ville du nord.
J’étais en maillot de bain.
Alors, que, me soulevant pour l’accueillir, LUI, je voulais attraper mon peignoir, il s’est avancé. A compris le désir que j’avais de me couvrir. Par respect pour lui. Et m’a aidée à le passer, ce peignoir.
Avec une délicatesse… Ses doigts déjà, avaient l’assurance virile d’un Phébus.
Il était blond, savez-vous ? Les cheveux d’un blond de toutes les couleurs, ramé de roux, avec quelques fils de châtaigne brillant sous ses rayons. Des yeux, un regard de cette mer où nous allions sagement nous baigner, sous le regard de la famille. Regards aigus, qui savaient déjà ce que nous, nous ignorions encore.
Ces cheveux ont saisi des fils des miens. Semblables. Ils étaient semblables. Nos cheveux avaient déjà dit oui à des épousailles secrètes. Si secrètes que nous n’avons pas compris ce que nos yeux voyaient. Ils se recherchaient.
Nos yeux n’avaient pas tout à fait la même couleur.
Si les siens étaient bleus, si bleus, les miens je les voyais dans l’eau des siens. Justement. Les miens avaient la couleur de la mer de mon Île qui me manquait tant dans ce pays du nord.
Tantôt verts, tantôt avec des petits éclats de figue mûrissant au soleil.
Changeants. Selon l’humeur du temps.
Tout s’est mêlé. Nos cheveux. Nos yeux.
Chavirement en un arpège dont nous ne connaissions ni les notes, ni le refrain. Simplement une attente d’on ne savait quoi.
Une prescience ?
L’univers nous a été révélé.
Ma main s’est posée sur sa joue.
A cherché ses cheveux et la naissance des fils soie autour de son oreille.
Mes doigts ont dû reconnaître une sensation dormante.
Ses doigts à lui avaient suspendu leurs gestes et avaient laissé le peignoir glisser et se sont abandonnés, n’osant aller plus loin, sur mon épaule.
Le temps ? Immobile.
Comme nos mains, notre corps.
Un ralentissement du temps. Une saison infinie.
Les yeux seuls semblaient nous absorber.
Ils se regardaient toujours, interminablement.
Ils ont guidé nos gestes.
Et sous le soleil d’un après midi d’été, le premier baiser du monde est né.
Pour lui et pour moi.