Une expérience (toute) livresque…
Une expérience (toute) livresque…
- Mazette ! Vous voyez ce que je vois ?
(Bon là, vous m'avez reconnue, c'est moi qui parle...).
- Quoi ? Où ? S’exclament-elles, d’une voie rendue curieuse par mon mazette !
- Mais nooonnn ! Je réponds, en éclatant d’un rire complice…
- …
- Nooonnnn, les filles, il ne s’agit pas d’un homme… Pffttt … Ce n'est pas un homme... ! Là devant !
- Ben quoi ?
- Pffttt ! Bon ! Vous me laissez une petite demi-heure, disons une heure et on se rejoint plus loin !
- M'enfin ! Tu ne vas pas nous lâcher comme ça et tout ça pour...
- Et tout ça pour... ! Oui... !
- Bon, mais pas plus... on devait aller visiter le Clos L…. je te rappelle, répond la voix mâle et complice d’un de nos chevaliers servants, en entraînant mes dissipées amies et ses commensaux vers une terrasse.
Je n'ai pas écouté la fin. Je me suis dirigée tout droit vers l’objet de mes désirs.
Et je suis entrée dans cette librairie, sortie tout droit d'une jolie carte postale ancienne.
Peinture verte, lettres dorées et jusqu'à la clochette qui annonçait ma venue.
Déjà mes mains et mes yeux tâtaient le dos des livres alignés là.
Du bout de la pulpe des doigts, du revers de la main.
Mes ongles se faisaient caressants.
Dieux que c'est bon... Et cette odeur !!!
Un plaisir solitaire. Eh, non, je ne rougis même pas.
Quoique, si ! De plaisiiiiiiiiiiirrrr !!!
En plus, il n'y a personne.
Personne qui vienne vous sauter dessus avec un "je peux vous aider ?" impatient.
Et moi l'impatience dans ces cas-là, je ne l'ai qu'au bout des doigts.
Et encore je me retiens… je retiens l’instant magique qui fait caresser un titre de l’œil, la tête penchée, le sac à main abandonné.
Le regard-caresse accompagné d’un toucher-volupté.
Le temps, lui, peut bien m'attendre, je n'y suis pour personne.
Je "tombe" sur les érotiques du 17e et 18e... Hummmmmmmm !
Je tombe, façon de parler… Je dois dire que je « les cherche un peu ». Hummmm ! Hemm !
Mon Cher & Tendre le sait qui, quand il m'accompagne, gentiment me les signale ou carrément discute avec le préposé, expliquant ce que je cherche, pour me laisser en tête à tête avec MES livres.
Il sait que j'ai un appétit féroce... mais que j'aime goûter, savourer les trouvailles fruits d’une quête incessante depuis que j’ai découvert certains écrits... et même ceux plus anciens comme Brantôme. Bref...
Brreeefff....Mes yeux papillonnent. Je passe au rayon suivant, je reviens, je m'attarde et attirée par toutes ces beautés offertes qui se laissent admirer, je ne sais où poser mes yeux.
Je passe d'une étagère à l'autre et soudain, je tombe en arrêt.
Là volupté des voluptés, dans une vieille collection, je décrypte : "Volupté" ... Sainte-Beuve…
Et la magie, parfois, agit, comme là, cela se matérialise, là, devant moi.
Et aujourd'hui, je suis seule et j'ai annoncé la couleur : JE VEUX un moment en tête à tête avec mes livres.
C’est un besoin. Viscéral.
Donc, là, la magie était en train d'opérer et un livre se matérialisait sous mes yeux de sorcière. Je me mets sur la pointe des pieds (oui, oui... petite moi, mais mes escarpins d'été m'aident à me hausser sur l'étagère convoitée...).
J'effleure d’un doigt puis deux, voluptueusement… décidément cela m’accompagne (je me souris malicieusement) et là quelque chose de chaud vient se poser sur mes doigts, s'attarder.
Je sens un corps se pencher sur moi et une voix :
- Là, je vais vous le prendre... si vous voulez…
Qui vient perturber mon tête à tête... Je me sens déjà agacée de cette intrusion, mais la voix... Aieeeeeeeee !
Vous ai-je déjà dit que je suis sensible aux voix ?
Je vous ai déjà parlé des odeurs ? Oui, oui... je sais !
Mais les voix aussi ! Si je vous le dis !
Et là, la voix. Profonde, douce, enveloppante. Hummmmmmmm !
Respire, jolie sorcière... Respire !
Oui, je me parle. Et j’essaie de me parler gentiment. J'essaie toujours d'être polie, même quand je me parle à moi-même. Je me sais susceptible.
Je lève mon regard.
Normal que je lève les yeux remarquez, la voix venait de plus haut. De quelques centimètres plus haut
Comment "plus que" de quelques centimètres ?
C’est vrai, j’avoue… pas la peine de me rappeler que je suis une femme de poche…héhéhé.
De toutes façons suffisants, les centimètres pour pouvoir me tendre le livre caressé par mes doigts, qui eux mêmes restaient emprisonnés des doigts de la voix. Vous me suivez ?
La voix avait aussi un regard... Mazette ! Ce regard.
Bon, bon, respire… là je continue à me parler...
Son regard me dit que mes yeux verts... (sorcière !!! je sais ! mais simplement sous la lumière de l'été, sinon, ils sont plutôt noisette... quoi ? je m'égare ?)
Je disais donc que mes yeux verts ne le laissent pas indifférent non plus. Car son regard était dans mes yeux.
En une sorte d'apnée. Le fil était tendu, très tendu entre son regard et le mien.
Un sourire suit le regard. Moi je suis le sourire.
Vous me suivez toujours ?
Et je réalise que nos mains sont l’une sur l’autre sur le livre !
Je ne sais pas si un livre a été autant caressé, tenu à deux mains.
Enfin si, me direz-vous… mais par les mêmes mains.
Vous suivez ? Vous voyez ce que je veux dire ?
Bref, bref… Mes escarpins me semblaient nuage, ma robe légère d’été, avoir la transparence d’une mousseline de soie.
Je voyageais dans son regard. Je nous voyais comme dans une scène où comédienne et "camerawoman" à la fois, j’opérais un zoom sur nous deux, sur les mains, sur les yeux, les sourires…
Mon ventre savourait les sons de cette voix qui venait, profonde, d’un autre ventre.
Une chaleur me prenait toute qui n’avait rien à voir avec le soleil d’été de cette fin d’après-midi…
J’ai dû chanceler un peu sur mes escarpins car il m’a rattrapée d’un revers de son bras que j’ai senti dur et chaud. Ouffffaaaaa ! Mazette de Mazette !
Je me suis retrouvée à la terrasse d’un café à parler livres… et prévenir par un texto les copains que finalement, finalement, je les retrouverais plus tard, directement à la maison que nous avions louée pour ces vacances au bord de la Loire.
J’adore les châteaux de la Loire. Pas vous ?