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L’assaut des nuits d’ébène
I
Le poète seigneur des amours oubliés,
Laissant vaquer, parfois, son esprit en tourmente,
Eveille bien souvent des souvenirs passés,
Qui martèlent son âme et que le soir enfante.
Lorsque l’obscurité que libère la nuit
Déroule sur le monde, avalant les lumières ;
Il est là regardant son courage qui fuit
Et n’ose même pas à ce fléau s’extraire.
Et quand l’ombre répand en tout coin ses relents,
C’est la peur qui l’assaille et lui creuse une tombe :
Le voilà submergé, il se laisse mourant
Sur la rive et se noie, écraser sous les trombes.
Et quand de la pénombre un long râle survient,
Enserrant son esprit et torturant son âme,
Le poète soumis agonise et devient
Martyr des émotions, insensible à tout blâme.
II
Mais l’artiste n’est pas du commun des mortels,
Et lorsque ce commun cours et rejoints sa perte,
Le poète éternel refuse son autel
Il se lève et combat les ombres découvertes.
Sa passion, son courage et sa plume, ses mots
Sont ses armes et nul ne sait en faire usage
Avec cette ferveur, ces discours de héros
Il apporte lumière et défait les présages.
Ainsi qu’un Prométhée, au loin parmi les cieux,
Le poète divin éclaire ses semblables,
Il se fait la parole, auprès de tous les dieux,
De la raison humaine, infinie, inviolable.
Et quand cette lumière, avec le jour venant,
Dissipe le brouillard du malheur et des peines,
Le poète insoumis n’omet pas que devant
Arrive de nouveau, l’assaut des nuits d’ébène.
Gorgonzola ©