Tu n’as pas l’intention de pénétrer dans cette forêt, non que l’inconnu t’effraie mais tu aimes te délecter des vues d’ensemble sur les êtres et les choses.
Cela te permet, par moments, de te focaliser sur un détail que tu agrandis et encore…pour trouver d’autres détails dans le détail et comme chaque chose ou chaque être a son histoire, tu te laisses aller à ton « histoire sans fin »
Ainsi, te promenant le long de la lisière, tu laisses tes yeux apprécier la diversité de la flore s’étalant à tes cotés et qui n’est que le produit du hasard des vents féconds penses-tu aux vues de ces variétés disparates.
Tu es loin de la réalité de la nature car beaucoup de graines n’ont pas eu la chance de se développer.
Pour certaines, la dureté ou la pauvreté des sols est synonyme de mort, pour d’autres, l’ombre des déjà implantés est l’handicap, pour d’autres encore, les oiseaux ne leurs laissèrent aucunes chances de naître.
En sommes ne croît que ce qui est apte à croître. C’est de cette cruelle vérité que voit le jour et grandit la forêt.
Dans tes observations, tu remarques que les ronces t’accueillent comme un élément dissuasif, une première ligne de défense en quelque sorte.
Immédiatement derrière, collée aux épines, une seconde ligne faite d’arbrisseaux et autres buissons inextricables défie la meilleure des volontés exploratrices puis, plus loin, les premiers arbres…des chênes du moins, c’est ce que tu peux voir dans l’immédiat avant de penser au mystère profond de l’endroit.
Et voilà que ton esprit s’ébroue sur un roulement de questions car oui ! Tout ton environnement immédiat est mystère.
L’histoire des lieux, tu y entres à chacun de tes pas. Des mondes auxquels tu ne pensais jamais t’interpellent subitement.
Depuis le début des temps, comment ce site a-t-il évolué ?...qui l’a traversé ?...qui s’y était-il installé ? Et dans ce cas, comment a-t-il vécu ?...
De ces quelques questions déjà tu vois des images comme celles qu’on t’a données à travers le cinéma, des images de synthèse pour que tu te fasses une idée des temps reculés ceci selon un ou plusieurs scénaristes et tu te surprends soudain à te faire TA version…tant ton esprit veut sa vision.
Alors il était une fois, là où tu te trouves, des dinosaures qui paissaient tranquillement oui ! Mais quels dinosaures ?...Un groupe de diplodocus, et tu les vois ! Comme tu vois aussi ce ptérodactyle planant effrayant au dessus d’eux.
La végétation ?...tu n’en as pas la moindre idée sauf qu’elle devait être dense pour que ces bêtes gigantesques vivent ici.
Un volcan !...Pour le feu, pour ajouter une menace active, non ! Pas de volcan possible, à des kilomètres à la ronde c’est la plaine.
Alors une météorite, immense ! Déjà tu la vois traverser l’espace.
Les longs cous des herbivores se dressent, trop tard ! L’impact ! Loin d’ici certes mais…l’extinction est programmée…fin d’une ère, du moins c’est ce que tu as accepté comme logique.
Une période glacière s’en suit. Il n’existe plus rien durant des siècles, rien ne vit sur ces sols gelés. Bizarre à te l’imaginer aujourd’hui et pourtant, c’était possible.
Et l’homme dans tout cela, existait-il déjà ?...Pour toi, oui !...Alors tu t’inventes un monde oublié, une cité perdue à la Edgar Rice Burroughs, ton imagination a besoin de ces supports pour rendre ce site vivant…
Petit à petit, remontant l’histoire, tu constitues une véritable ébauche de saga. Les siècles défilent par séquences comme au temps du cinéma muet.
Tu aimerais bien remonter jusqu’à toi mais voilà, tu n’as pas les pièces du puzzle pour en faire le tableau parfait…et tu inventes !...Tu te trompes peut-être sciemment sur tes aïeux, juste pour donner une valeur à tes idées…
Ils n’étaient sans doute pas aussi renommés que tu te les représentes. Ils étaient sans plus comme la majorité des humains. Mais il te plait à les voir comme chefs, pourquoi ? Parce que Agamemnon avait dit « on se souvient toujours des chefs, pas des soldats ». Cela t’avait plu alors tu l’avais rangé dans un tiroir de ta mémoire jusqu’à aujourd’hui.
Maintenant tu ne t’en prives pas car question batailles tu es amplement servi, même qu’en dehors d’elles il ne reste plus grand-chose de « l’histoire » et bien qu’Alésia n’est pas chez toi, que Roncevaux est dans les Pyrénées, Bouvines, Marignan sont d’autres sites, tu ramènes tout cela dans ton espace pour le faire exister.
Bien sûr il y a des temps de calme entre les guerres, tes aïeux doivent souffler un peu…non ! Tu ne leur laisses même pas ce luxe puisque pendant ces « interludes » tu tisses leurs intrigues et autres conspirations pour donner du piment à la saga…
Ta gloire de petit promeneur à l’imagination fertile sera ainsi méritée.
Ainsi tu vas puiser dans tout ce que ta mémoire t’expose, ces ingrédients nécessaires à l’évolution de ta « famille » aux environs du lieu où tu te trouves, maintenant.
Mais voilà !...Tu as oublié une chose essentielle, tu n’es pas du « coin », pas même de la région…
Réveilles toi !...Tu t’es une nouvelle fois endormi devant l’écran, il en est toujours ainsi en inventant des histoires à dormir debout…ou assis.
Legrand le 02/08/2008