Marie Stocrate
Depuis quelques années, j’ai lu et lu et lu
Et, empruntant l’acerbe instinct d’un quelque élu,
Écrit. Jamais je n’eus d’identité ni d’âge,
Et ma tête bourrée d’exemples et d’adages
Tentait tant bien que mal d’accommoder mon cœur.
Je cherchais dans l’ombre un certain son vainqueur
D’une vive musique de phrase fantastique.
Bien que la Providence, avec ses pronostics,
Semblait vouloir railler mon espoir de succès,
Mes deux pieds piétinaient avec verve et excès
Le chemin sinueux des êtres infaillibles –
Du peintre rigoureux au poète irascible :
Ce parcours à la fois cruel et merveilleux,
Où mes contemporains ainsi que mes aïeux
Trébuchèrent souvent dans de graves fossés;
Exactement là où, désinvolte, adossé
Sur un mur d’ambitions, je souhaitais réussir.
C’est pour m’apparenter à de biens grands messires,
Avec leurs tombeaux d’or et leurs noms légendaires,
Desquels les énoncés occupèrent tant d’aire
Dans les recoins poussiéreux de mon maigre esprit,
Qu’aux doucereuses odeurs de lotus, je prie
Que par-delà la mort et par-delà l’envie
Tout le destin des gens jalousera ma vie;
Et par-delà la hargne acharnée de ses mers
Toute l’éternité voudra mon éphémère.