La demeure du Secret
I
Derrière un mur de grès que dissimule un voile,
Se cache un monde obscur où un éclat se meut
En seule vérité, insaisissable toile
Qu’à peint le Tout-puissant et que tout homme veut.
Baignant dans cette pièce, ultime connaissance,
Repère du destin inconnu de nos sens,
La réponse s’éteint au gré de l’ignorance
Dont nos âmes font preuve à nos pires dépens.
Quand par fatalité ou quelques convoitises,
Quelconque volonté ou bien tourment du sort,
Aux seuls à qui s’estompe un pan qu’hôte la brise
La bâtisse apparaît félicitant l’effort,
Nul autre sentiment dans le cœur ne réside,
Nulle autre certitude éveillant les esprits
Ne gît aux alentours. La vérité placide
Impose ses canons que le temps desservit
II
C’est la vaste demeure où survit le mystère,
Emprisonné, blotti entre ces quatre murs,
A l’abri du malheur, du mensonge qui erre ;
Une vierge au secret préservé le plus pur.
Bien singulier endroit que ce lieu sans issue
Et quiconque aurait beau tâtonner ci et là
Verrait bien sans succès ses attentes déçues,
Car la facilité n’est autre qu’apparat.
Il faut s’en approcher le cœur pur, l’âme saine,
Sans nul autre dessein qu’une noble intention,
Car l’homme de tous temps, dans sa recherche vaine,
Omet que vérité n’est pas érudition.
Il faut savoir sentir en effleurant la pierre
L’ampleur de ce secret gardé jalousement,
Que personne jamais ne peut ainsi extraire.
Dans la roche est gravé le secret du vivant.
III
Mais nul n’est à ce point forteresse inviolable,
Car il faut la grandeur la sagesse et l’esprit
Pour discerner la faille en cet impénétrable
Asile des passions, royaume des non-dits.
Pouvez-vous percevoir au milieu des nuées,
Tout en haut de ce mur entravant le regard,
La petite ouverture éclore et dénuée
De fortifications, affaiblir le rempart.
Et pour l’atteindre il faut élever son essence
Alors seule en cela la poésie est chef.
Le poète est régent, remblayant les absences,
D’une humanité vaine et dont loin est le fief.
A qui s’en approchant peut-enfin apparaître
Senteurs de vérité, effluves du destin.
Les parfums du secret dont s’abreuve notre être
Sont relents du passé, s’éparpillant au loin.
Gorgonzola©