Aujourd'hui, Monsieur Treize fixe ses treize enfants, et en treize mots leur annonce à minuit treize "Vous devez me rapporter treize objets qui vous définissent et vous ont accompagné".
Du plus jeune au plus vieux, les treize enfants et les vingt-six paires d'yeux témoignent de leur étonnement. Le treizième sur la liste esquisse une question, interrompue par M.Treize "Vous avez treize heures".
Pendant treize heures, la maison du treize rue de la trêve à Troie est sans dessus dessous. Les objets volent et les conciliabules entre les treize s'intensifient d'heure en heure. Enfin, il est treize heures treize.
Les treize s'alignent.
Le premier s'avance un coffre à la main et en sort ses objets fétiches, puis il termine sa présentation par son ballon favori. Il joue au rugby à treize.
Le second attend treize secondes, et déclare tout son attachement pour ses douze frère plus leur père, ce qui fait treize.
La présentation contiue, treize minutes s'écoulent...le père a baillé treize fois. Et en treize mots il leur demande : "C'est tout ce que vous êtes, un chiffre, le treize, cher enfants Treize?"
Alors le treizième s'avance enfin. Il ne semble porteur d'aucun objet : ni gadget, ni lettre, ni ballon, ni vêtement. Il est devant les treize autres, à nu devant eux. Puis doucement, avec un enchaînement de treize gestes aussi précis que délicats, il allume une bougie ; une petite bougie toute ronde et inodore. Alors sans parler, avec une émotion palpable, tous se regardent et contemplent la flamme..qui à la surprise générale, se met à parler.
"Je suis la vie qui jaillit de nulle part, et l'amour qui circule entre vous. Je suis la joie qui pétille dans vos yeux. Je suis l'espoir pour qui côtoie les ténèbres, et menace pour qui se frotte à moi de trop près...et de moi surgissent la fragilité de la suite de tous vos pas, l'éphémère illsuion que tout peut à jamais durer. De moi sont issues la force qui habite les coeurs, la chaleur ténue, le fil invisible qui vous relie plus fort que tout. Je suis le paradoxe. En moi brille l'histoire des hommes qui ont un jour allumé le feu, et s'anime la prière des croyants s'adressant à leur Dieu...".
Alors depuis, au treize rue de la Trêve à Troie, on ne s'attache plus au chiffre treize, à ce qu'il pourrait représenter. Parce qu'une petite bougie, ronde, inodore, et pourtant si pleine de sa vérité, colore désormais leur espace. Ses paroles sont inscrites en chacun d'eux. Le treize, oui, mais aussi tous les autres jours et les autres heures du mois. Et du treize, ils ne font plus grand cas.
PUISSE CETTE BOUGIE GUIDER VOS PAS.