Il faut y retourner !
Futur est synonyme
D’un mot que j’ai perdu
Tout au fond de l’abyme
De mes jours de reclus,
Ces jours où se devine
Le bien sombre début
Des instants anonymes
D’un exil convaincu.
Bien loin de ma patrie
Je n’entends plus le chant.
Chant d’amour, chant de vie
Je n’entends que le vent
Qui trompe mon ouïe
De par ses sifflements ;
En guise d’accalmie,
Me voilà grand perdant.
Et tel un enfant sans mère,
Un enfant que l’on a
Arraché à sa terre,
Je me retrouve, là,
Le cœur et l’âme, amères,
Et l’océan déjà
Elevait ses barrières
Que l’horizon figea.
Je voyais les rivages,
Les dunes, les cités,
N’être plus qu’un mirage
Et puis s’évaporer.
La mer dans mon sillage
Tenait à exhumer
Souvenirs et images
Que je veux enterrer.
Souvenir d’une brise
Qui effleure le corps,
D’une agréable emprise
Qui vous prend tout d’abord
Au cœur. Une surprise
Sur les bancs de ce port,
Tunis ; à son emprise
Je me soumets encor.
Mais comment ne dépendre
De ce bout de ma chair ?
Faut-il donc réapprendre
Comment respirer l’air ?
Renaître de mes cendres
Auprès de cet enfer
Et loin de ce tout, tendre
Et beau foyer d’hiver ?
Et même si j’y pense
Je ne peux point saisir,
Comment une existence
Peut-elle ainsi tenir
Entre vide et absence
Sans lieu où revenir
Où l’amour se dispense
Sans patrie à chérir.
Et je veux dire aux hommes,
A ceux qui ont laissé,
Des souvenirs de môme,
A ceux qui sont hantés,
Par l’incessant fantôme
D’un peuple délaissé :
« Patrie est comme un baume,
Il faut y retourner ».
Gorgonzola ©