Elle avait quitté le café précipitamment, des perles aux paupières.
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Puis, après avoir couru sans but, s’était échouée sur un banc le long de la Seine.
Ses épaules tressautaient convulsivement, non plus de son rire contenu….
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Le soleil se couchait, ses derniers éclats paressaient sur le fleuve, qui bien que nauséabond, se laissait câliner, ensorceler, rajeunissant ainsi, pour se croire encore, l’espace d’un instant, sous le pinceau d’un Sisley….
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Une péniche remontait pesamment le canal, elle qui les aimait au point d’avoir en projet d’en transformer une en habitation, ne remarqua pas la beauté de restauration de celle-ci.
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Elle restait là, les genoux remontés sous le menton, recroquevillée dans son chagrin, en vrac, insensible au temps.
Ses chaussures gisaient sous le banc.
D’ici peu, le soir déploierait son manteau, l’envelopperait ainsi dans sa pénombre, d’elle, ni ses infimes et infinis sanglots ne subsisteraient.
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C’était l’heure des chiens.
Ils promenaient leurs maîtres en laisse, furetant, reniflant, flairant, puis s’épanchant sans fin, aux pieds des arbres, des réverbères.
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D’avoir pleuré plus souvent qu’à son tour, elle avait acquis une certaine « sagesse du chagrin », et une extraordinaire discrétion dans son expression.
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Un Jeune homme vint prendre place, sur le banc, à côté d’elle. Son Chien l’avait lâché, lui accordant un peu de repos, tandis que lui s’autorisait quelques instant de liberté.
Il ne chercha pas à engager la conversation, comprenant l’inutilité des mots, simplement, il enleva son gilet afin de l’en couvrir. Elle ne résista pas, et si elle en fût consciente, elle ne marqua aucune surprise.
Alors, délicatement, il entoura son bras autour de ses épaules, l’attira avec d’infinies précautions contre lui. Elle se laissa bercer dans la douce chaleur de cet inconnu. Il trouva les gestes justes, l’apaisa en l’obligeant à calquer son rythme cardiaque sur le sien, sereinement.
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Son chien observait la scène d’un œil larmoyant mais toutefois critique. Puis jugeant la posture de son maître par trop ridicule et stupide, il décida de couper court à sa balade et de venir installer son frais et humide museau entre les deux humains. Il sentit (quelle impudence !) la main de la jeune femme se poser sur sa tête et l’entendit lui murmurer des mots incompréhensibles mais empreints de promesses.
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Pointant son index vers un pigeon posé à leurs pieds, le jeune homme demanda :
« A ton avis il voit quoi ? »
« J’sais pas …un type réconfortant une inconnue laquelle console un cleps qui lui est étranger…. » .Avança t’elle après quelques instants de réflexion.
« Pas du tout, son œil torve indique qu’il voit des ingrats qui ne lui offriront pas une seule miette pour son dîner »
Elle rit….
« Merci »
Elle s’étira, chercha son paquet de cigarettes, lui en proposa une et les alluma .Ils fumèrent en silence, puis le chien remit son maître en laisse.
Le Long du quai,un poivrot soliloquait tout en marmonnant des incantations au dieu Bacchus. Elle se demanda quelle avait été la vie de cet homme avant qu’il ne pactise avec la misère et la déchéance.
Ce qu’aurait été son enfance , si elle avait eu un père.
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Lui sortit du café nonchalamment, la veste négligemment jetée sur l’épaule, le visage impassible et le sourire aux lèvres….
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L’être et le paraître réunis dans un affrontement sans aucune mesure si ce n’est celle de leur démesure.
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Ce n’est qu’une fois installé dans sa voiture, (la veste chiffonnée dans un geste rageur agonisait à présent sur le siège arrière), qu’il laissa libre cours à sa colère. Ses poings fermés heurtèrent violemment et intentionnellement le volant.
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Il l’aperçue plus loin, courant comme une damnée, à perdre haleine, traversant la chaussée sans se soucier de la circulation de cette heure de pointe….L’inconsciente !
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Il eut la furieuse envie d’écraser quelques chiens tenus en laisse par leurs crétins de maîtres….Il détestait les chiens et puis leurs maîtres aussi !Et puis Dieu aussi !
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C’était l’heure des chiens….A sa gauche s’étendaient les rives de la Seine. Le soleil dispensait les derniers bienfaits de ses rayons, avant que de passer le devant de la scène à sa vieille ennemie la lune.
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Les rues, les impasses, avaient cédé leur place aux rocades puis au périphérique, il était à présent sorti de la circulation intensive, et peu à peu sa colère retombait.
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Il s’arrêta sur une route secondaire, puis obliqua dans un chemin de traverse, et là, stoppa le moteur. Il avait besoin de souffler, de respirer, de réfléchir….Une vieille paire de baskets usagées traînaient dans la malle arrière, il portait un 501. Il s’engagea à petites foulées sur le chemin blanc, puis prit le trot, et allongea enfin le pas…. « Chroc-chroc-chroc » crissaient ses semelles sur le terrain, le sang martelait ses tempes, la sueur auréolait son polo.
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La lumière tamisée du sous-bois s’éparpillait en confettis de clarté sur le chemin, conférant à l’endroit une sérénité certaine, cependant que l’odeur d’humus distillait ses apaisants effluves, en d’autres temps, d’autres que lui se seraient installés là et se seraient laissés aller à la rêverie….
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Les jambes encore tremblantes, il reprit place derrière le volant, s’épongea le visage avec un kleenex déniché dans la boîte à gants. Christian ré épingla sa petite croix, qu’il prenait toujours soin de détacher avant de courir de peur de l’égarer.