LE SALON
Au-dessous voltigeait la vapeur des bavards,
Discutent du journal et du mystérieux songe,
Chacun se méprisait ; nourri par le mensonge
Ou d’autres s’insultaient de virulents regards.
Un cube narcotique échangé dans la paume
Comme un contrat sérieux, mérité par l’honneur ;
Elle pourra flotter comme un glorieux planeur
Découvrant le pays sur un vaste Fantôme.
Au fauteuil, une garce à l’œil rouge et tremblant
Secouait ses cheveux, comme une lourde chaîne
Pour séduire un mec vorace de l’aubaine,
Cette nuit, paradé dans un délire blanc.
Le plafond et les murs, ombrés d’ignoble danse,
Exprimaient la lourdeur maladive du son
Où plongent des buveurs, dépendants du frisson
Possédés par l’effet d’une longue démence.
Un damoiseau troublé cherchait son jeune preux
Pour embrasser sa peau froide et paralytique
Le visage malade, le soupir asthmatique
Accablent la chaleur de son cœur vigoureux.
II
Une fille aux talons jouait des castagnettes
Afin d’impressionner un groupe sirupeux,
Elle adore ses seins captivants et pulpeux ;
Se faire supplier sa caresse muette.
« -O Déesse d’un soir, tu prises d’aimanter
Les garçons impuissants et les femmes sans griffes,
Un Don Juan en rut frimera de ses chiffres
Pour enchanter ton cœur, de l’ennui s’éviter. »
La cendre, la boisson, le rire, le crachat
Encourageaient le temps à poursuivre sa lune
La gerbe sur le sol perpétuait dans l’urne
Enflammant le gosier d’un paresseux pacha.
Une brune seulette usée par les jours
Patiente sur le bar sa lesbienne et ses rustres
Mais, où s’est donc caché ce Prince de toujours
Qui la tapissera de spasmes et de lustres ?
Ces visages déteints
Ces ivrognes bizarres
Se gavent de cigares
Pour passer leurs matins.