Sinistre décor, ô nuit de ma cité
Alentour du port, sur la promenade
Sous les phares blasés, hagards ils rôdent
Mémoire transie, identité brûlée.
Hommes, femmes, enfants, de loin venus
Par mêmes rancœurs, mêmes dégoûts, brisés
Seul espoir nourri, le Détroit traversé
Bravant le brûlant des sables, l'inconnu.
Mirages fuyants, périples accablants
L'âme bradée aux pays qu'ils ont fuis,
Serrés le jour, ils respirent la nuit
Cortège de misère de l'Europe rêvant.
Barques ou citernes, selon les moyens
Proie aux ténèbres des lames agitées,
Dans les soutes à charbon, la mort les guettait,
Lourde facture quand on a juste faim.
Sinon, refoulés, l'âme de honte couverte,
Trophées de vigiles, aux médias exhibés
Bel acte d'entraide d'amertume imbibé
Lourd de déboires, l'avion qu'on affrète.
L'égoïsme fait rage dans ce monde immonde
Ici, racines pour mets, des croûtons nus
Là-bas, soirées de gala pour émirs repus
Richesse de tous, gaspillée à la ronde.
Dirigeants, prédicateurs de justice,
Crieurs publics de devises trompeuses
Perfides apparats à paroles pompeuses
Que cesse votre mascarade supplice.
Abondance sur misère des autres bâtie
Volcan de haine, adieu quiétude
Homme affamé ignore mansuétude
Horde déchaînée à l'appel de survie.
Plutôt que par frondes néfastes coulés
Taisons l'égoïsme de nos cœurs endurcis
O désert de notre conscience reverdi
Véritable partage par l'estime scellé
Bridons derechef le vol à la dérobe
Que les Grands du monde commettent, impunis
Aux pays de ces prétendus démunis
Sous l'œil protecteur des césars acolytes.
Si j'étais Maître des cieux, je décréterais
Pacte indélébile d'union pérenne
Où l'égalité n'est point notion vaine
Mais je n'ai que des mots pour contrecarrer
Verbe de rage cramoisi, les vampires
Qui battent les contrées, assouvir leur soif d'or
Sinistres voyageurs, moderne machine de mort
Vendant leur âme, soucieux de leur empire.
Khadija