La femme n'existe pas *
Elle est là, assise devant moi dans le RER. Elle a , en toute innocence, une pose délicieusement féminine. Elle lit, tient le livre d'une main, tandis que l'autre, comme abandonnée, soutient du dos son menton, les longs doigts recourbés restant délicieusement tendus.
Son visage discrètement maquillé tend à ressembler à celui des filles des magazines mais je suis suffisamment près pour y déceler les petites imperfections : ombre sur la lèvre supérieure, petits poils ourlant la joue dans le rayon du soleil.
Ses cheveux, assez courts sur le devant, sont tirés vers l'arrière et maintenus là par une pince ou un peigne, je ne vois pas bien.
Elle se tourne un peu. C'est une pince.
Le cou est dégagé et gracile, où traînent quelques cheveux folâtres. Elle ne sait pas que je la décris ainsi. Elle a levé les yeux ; son regard est dans le vague ; machinalement elle tripote la chaînette à son cou.
Moi je me dis que cet être humain participe à la fois de la femme telle que les hommes la rêvent, et à la fois pas.
Il existe une marge incernable entre l'image adulée, parce que nécessaire, crée et aussi entrevue - mi-vraie, mi-fausse - et la réalité brute. La femme n'existe pas ; j'entends celle qui est comme un concept dans la tête et la recherche de tout homme hétéro- ou bisexuel. Et cependant le rêve des hommes est toujours plus fort que la réalité qu'ils savent.
L'Homme est par nature sexo-dépendant, sans doute pour la survie de l'espèce.
(* Rassurez-vous, l'homme non plus...il y a seulement des hommes, des femmes)