L’ENFER
Comme des noirs poignards traversant mon cerveau,
Comme un long châtiment, comme une haine fourbe
O morne destiné, je gerbe ton tombeau
Ta liqueur est un crime ; une femme sans courbe.
Mais inonde-moi donc ! Mon sang est infecté
Et dans mes os meurtris se cachent des mirages
Qui me hardent les yeux - écrasent mes nuages
O Mensonge, ô Démon, ô mon frère entêté !
Enterre-moi Satan ! Que tes vers rongent bien ;
Ton visage est l’horreur ;et mes mornes prunelles
Ont souvent contemplé ton spectre qui revient.
Ah ! mais aveugle-moi, ton chemin est si laid
Que dans mes vils sanglots, il n’y a qu’un reflet
Peuplé d’atrocité et de peurs éternelles.
II
Une étrange lésine occupe ma mémoire
Déversant son poison et ses peuples sans cœur,
Buvant à profusion sa maudite liqueur,
Insouciant à la mort, aveugle pour sa moire.
Ses médiocres discours sont comme des couteaux
Qui percent la raison de nos vastes merveilles,
Dépouillent le Désir et ses beautés vermeilles,
Figeant la rêverie en ses nombreux caveaux.
Frère ! c’est la douleur, le châtiment des hommes
De croire leurs projets, « La Belle Destiné »,
Un idéal parfait à cet orgueil fané,
Ainsi se reposer dans leurs inertes sommes.
Ce n’est pas seulement le rêve du Puissant,
Nous le savons si mal, que les jours deviennent
Une sorte de poids, où les labeurs soutiennent
Une nécessité trempée dans le sang.