La nuit m'amène sur la terre des aurores boréales, où brillent les auras sous des dentelles pudiques tissées de mains de fées, les hôtes de ces terres. Une verte campagne à l'allure pastorale où paissent des agneaux dans des champs si ludiques. Les maisons colorées rêvent sous leur toît de verre.
Je passe comme un fantôme de jour ou de nuit, déguisée en mon ombre j'observe leur vie. Les fées vouent leur énergie à inventer des couleurs. Des nuances qui guérissent les plus profondes peurs. L'âme des fées transperce les coeurs les plus endurcis. Par les vibrations des couleurs, elles les purifient.
Sur ces terres flamboyantes morte la grisaille. Tous les habitants vivent un bonheur sans faille. Leurs mers se parent de teintes par nos yeux ignorées. Leurs arbres semblent plus géants que ceux des contes de fées. Leurs chats beaucoup plus ronds donneraient des frissons même au roi lion. Les fleurs de mille couleurs parlent droit au coeur. Elles lui murmurent de douces oraisons.
Les enfants jouent, seuls sur d'immenses plages. Ils créent des bateaux pour dompter la vague. Les frêles coques s'irisent de divines couleurs. Les mains d'enfants y dessinent des coeurs sans douleur. Sans peur ils chevauchent la mer qui pour eux se fait si belle. Personne ne leur a dit de se méfier d'elle.
L'Orient s'enflamme, la campagne vibre de l'ensorcelant ramage des beaux oiseaux libres. Les fées tranquillement rentrent lire dans des fleurs de cristal. Les tonalités du soir stimulent leur mental. J'espionne leur ciel, leur myriade d'étoiles. Une douce musique fuse des fenêtres qui se voilent.
Des tissus vaporeux légers comme nuages laissent deviner leur vie calme comme image. Je m'en retourne ravie à mon ciel de lit. Je souris, encore une fois, la nuit me laisse sur mon appétit. Le nouveau jour déjà se lève. Le sombre s'efface. Restent de mon rêve des souvenirs fugaces.
Les fées de ma nuit habitent mes pensées. J'écris mon aventure sur un bout de papier. Ces mots, comme un rappel, pour mieux me souvenir. Soudain, les mots s'animent en danses et en rires. Ils se transfigurent en fées sous mes yeux ébahis. Toute estourbie je m'affale sur mon lit.
Les fées jaune d'or, turquoise et vermillon, légères et diaphanes comme ailes de papillon, m'invitent, sans ambage, à parler des couleurs. Elles désirent que je devienne leur messagère du coeur. Elles veulent m'apprendre à créer de mes mains toutes les nuances colorant nos destins.
D'abord me disent-elles, colorons nos moutons. Des teintes les plus pastels irisont les saisons et puis attaquons-nous aux riches vert des moissons. Du plus profond au plus tendre les vert s'harmoni- sent. Occupons-nous des fleurs ondulant sous la brise. Saupoudrons leurs pétales de poudre d'arc-en-ciel. Réservons les bleu pour la mer et le ciel.
Les fées d'un coup en colère, accusent fort les humains de la terre. Pourquoi ont-ils teinté les glaciers de peur, les mers de rage, les rivières de destruction ? Pourquoi étouffent-ils la terre des champs de sombres poisons ? Unanimes, elles décrètent : l'homme se fait assassin quand il tue la vie naturelle et toutes les beautés faisant partie d'elle.
Pour t'expliquer la folle cruauté, remonte à la source de ton humanité, tu y découvriras immense vanité. Les humains sans cesse répètent les fautes du passé. Cesse de les imiter, puise en ton coeur ta propre vérité. Auréole les têtes de la couleur du blé. Habille les étés de la douceur du miel. Enveloppe la vie dans des rubans bleu ciel.
Les fées prirent enfin quelques respira- tions. Quand elles expiraient sortaient des papillons. Mon coeur battait la chamade. Je n'en croyais pas mes yeux encore moins mes oreilles . Dans ma tête je voulais retenir leur message. Je ne voulais plus sortir du sommeil. Et voilà que les fées rappliquent et toutes ensemble m'adressent une supplique :
Broie les pierres précieuses cachées au fond des rivières. Dévoilent les pouvoirs en elles enfermées. Le pavot des philo- sophes, le rubis précieux, recèlent des secrets au passé glorieux. Les coquillages marins assimilés au sang produisent le si rare et dispendieux pourpre d'antan.
Les pierres rouge liées au sang et au feu fortifient le corps, le rendent plus vigoureux. Le saphir et la turqoise, tel puissant talisman, protègent du mauvais oeil et des accidents. Couvre-toi de bleu de Prusse pour soigner tes abeilles sinon elles piqueront tes belles oreilles.
Pour créer des couleurs faut des millions de rires qui feront oublier, du monde, le pire. Ceuille les pépites d'or lancées sur la terre, elles sauront guérir mieux qu'hypocrites prières. Que chaque matin t'amène élixir du ciel pour colorer la vie et en bannir le fiel.
Avant de disparaître les fées m'ont laissé une jolie note sur un papier rosé. Au milieu de milliers de fleurs en étoiles j'ai deviné ces quelques mots : tisse des dentelles de fils de soie orange, pourpre, safran, vermillon et bleu-roi. Laisse pousser tes ailes jusqu'au bleu du ciel. Explore la mer, vois les trésors qu'elle recèle. Et surtout ma belle, aime, aime, aime. Aime, aime, aime, ma belle, aime.
Les fleurs de mon lit, humides de fraîche rosée, portent encore sur elles l'empreinte des pieds de fées.....
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