Aujourd'hui, une grande partie de la jeunesse se fout pas mal de la Culture. Elle n'est pas forcément utile pour les relations sociales. Ce sont plutôt ces dernières qui sont maitresse des cartes. Les cartes sont dans les mains du Président. Lui même étant pelotonné dans les bras de Dame Monnaie. Dame Monnaie damne les pauvres au quatre coin du Monde.
Le Monde tournait de coutume. Elle l'appréhendait comme d’habitude au sortir d'une cabine téléphonique. Sa manche était serrée dans son poing. Du sang séché collait au sol et au combiné du téléphone depuis quelques temps. Elle voulait garder les mains propres. Une impression de sale trainait sur sa veste, exactement comme chez sa mère, avant. Diable, heureusement cela avait changé, tout les symptômes étaient presque partis. Juste l'impossibilité, de toucher au vêtement de sa propre mère. Si elle pouvait éviter. Si seulement elle pouvait léviter.
Elle marcha jusqu'au petit pont. Le souffle du vent frais. Un parfum de solitude flottait. Elle prit conscience que c'était parce qu'elle venait de parler avec sa mère que ce sentiment la pesait. C'était froidement grisant sur la longueur, épais comme une couverture de poussière. Tout cela avait peu de sens; Elle se tuait toujours à lui expliquer que le monde tournait, que la vie n'était pas finie et qu'elle devait toujours aller de l'avant. Ses yeux, reptiliens, errait derrière le divan d'une vie assombrie par la chute d'une existence trop belle. Elle avait chuté, il y a vingt-cinq ans, sans jamais remonter sur le cheval. Ah si ! Parfois. Juste en faisant semblant. Un peu au dessus du cheval Vie, avec distance, intelligence et regret. Et puis le néant. Et puis la vie. Et puis le néant.
Cela sentait le souffre mais elle savait que le Monde était plein du Tout, des Grandes Pensées, de la Peinture, du Big Bang et des Sciences. C'était si grand, si génial, si fantasque, si intelligent, que la Vie lui semblait invivable seule. Il fallait partager tout. Parler du Tout. Elle était persuadée, depuis le début, qu'elle n'aurait pas pu parler du Tout avec lui. Mais tant pis; sût été joli.
Maintenant où ? Qui ? Comment ? Il fallait composer.
Elle s'instruisait de plus en plus, voulant surtout éclaircir sa pensée. Elle ne savait, parfois, ce qu'elle pensait tellement son esprit créait une pensée et son contraire à des micro-secondes d'intervalle. Ce qu'elle savait de sûr, sans que le Doute ne puisse entraver quoi que ce soit, c'est que les Hommes aux rênes du Monde marchaient de travers. Ils suivaient une ligne dictée par Dame Monnaie, oubliant sur le chemin de terre, l'homme aux apparats de pauvre. Le pauvre dont l'Esprit n'est même pas jugé. Lui, jugé sur son allure; sans Rollex la vie est morne. Ils ne cessaient tous de penser à l'argent.
Elle pensait à la Bretagne, sans être utopiste. Etre au statut d'indépendant. Elle attendait patiemment que le Temps coule lentement jusqu'à ce temps posé. La Mer.
Ce qu'ils n'appréhendent pas, ces hommes riches de monnaies spéculées abstraites, c'est le goût du Beau. Pas le Beau crée par l'Argent. Celui des Arts, de l'ivoire, des mots-tiroirs.
Sans valeur.