Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve une réalité.
Carnet de bord 303
Telle une luciole, attirée par la douce lumière du soleil, j’entrepris le grand vol d’Icare qui j’espère m’amènera dans un autre monde. Seul aux commandes de mon avion, je planais au dessus de la campagne flamande et de ses nuages moutonnés. Mon vol s’annonçait paisible ; un aller-retour de Bondues au cap Gris-Nez. Je distingue au loin les monts des Cats, ces étranges montagnes perdues au milieu de la plaine semblent fuir les chaînes de montagnes vers un nouveau monde. Tout comme elles, je m’éloigne du monde des hommes. En survolant le lac d’Armentières, j’aperçois quelques petits îlots sur lesquels quelques arbres solitaires se sont réfugiés. Autour de ces derniers, l’eau scintille et reflète la couleur or du soleil. De belles planches à voile poussées par le vent du Nord filent à la surface de l’eau, plus vite que certaines mouettes égarées à la recherche de nourriture. Le coucher du soleil crée une légère teinture rouge-orangée sur les nuages qui me rappellent mon enfance, l’époque de l’insouciance et de la joie de vivre, lorsque j’escaladais les dunes des plages du Nord. Je m’asseyais alors dans le sable fin, et rêveur, les yeux plein d’étincelles, je m’emplissais de cette merveilleuse lumière. Perdu dans les nuages, le son de mon moteur me berçait comme l’a souvent fait ma mère. Cette époque est révolue depuis le jour où… où elle ne fut plus. Petit à petit, la campagne boueuse et froide s’illumina et se réchauffa à la lueur du coucher de soleil, puis ce sont centaines, non des milliers de petites lumières qui telles des étoiles brillèrent dans la plaine. Cette plaine où je naquis, était pleine de souvenirs gravés au fond de mon cœur, qui s’envoleront le jour où celui-ci ne pourra plus tenir le lourd fardeau de ma vie. Au loin je distingue nettement la mer, qui d’habitude bleu était passée au rose pâle. Quelques bateaux naviguaient sur l’eau calme au grés du vent qui passe et s’en va. Ces mêmes bateaux je les ai tant convoités durant ma jeunesse. Le premier mot qui sortit de mon cœur fut « bapo », mot qui à présent me rappelle mon baptême avec la vie, le début d’une longue errance sur la Terre, ma chère terre du Nord, mon berceau, ma demeure, mon tombeau. Une joie intense m’emplit au moment où je prends conscience que je suis libre, libre des hommes, des responsabilités, de la gravité qui nous rattache à la Terre et libéré de mes problèmes qui me tracassent. Je peux déjà admirer très nettement les plages, les falaises, le port de Calais et ses centaines de bateaux qui naviguent paisiblement au grés du vent et des marées. Je passe vertical d’un terrain occupé par les allemands durant la guerre. Cette guerre a laissé beaucoup de trace, des centaines de cratères d’obus déformant le paysage, trouent le terrain et ses alentours. Seul quelques blockhaus ont résisté à ce déluge de feu. Ce souvenir restera gravé dans le cœur des hommes, mais aussi de la Terre afin de ne jamais oublier. Jamais !
La voix d’un pilote me fit revenir à la réalité. Je fis une rapide vérification des instruments, mes yeux se figèrent sur l’altimètre ; est ce que je rêve ? Mon altitude est de 4700 ft. Mon avion n’étant pas pressurisé je risque de gros ennuis. Pourtant je ne voulais plus descendre, il fallait continuer à monter, encore et encore. Poussé par une force m’étant inconnu jusqu’à ce jour, je met la pleine puissance, mon moteur rugit de ses 180 chevaux en guise de prévention pour le danger qui m’attend et mon avion prend de plus en plus d’altitude. Je me sens bien, très bien même, alors pourquoi s’arrêter ? Je coupe les moyens radio pour que l’on ne me perturbe pas. Durant l’ascension, je me remémore les moments passés avec mes amis, ma famille. Tout ceci est de l’histoire ancienne et je commence à avoir des maux de tête à force de penser à tout cela. Mes yeux commencent également à se fermer, je résiste mais la fatigue l’emporte. J’ai froid mais je me déshabille. J’ai peur mais je suis heureux. Je tire encore plus sur le manche. Mon rythme respiratoire a doublé au point que le son de ma respiration est plus fort que celui du moteur. Où suis-je ? Je regarde à travers la verrière vers le bas et c’est un merveilleux paysage qui apparaît. Le soleil est sur le point de disparaître et la couleur de la couche nuageuse devient rouge crémeuse. Quelques tâches brune-verte viennent perturber ce tableau. Ce sont les dernières traces de mon passé, de ma vie, elles me rattachent au monde. Les nuages doublent de volume et les tâches s’estompent. Une larme ; puis deux...
Le drame de Douai.
Hier soir, rue d’Arras, une jeune femme a retrouvée un corps inerte. Elle a immédiatement appelée les secours qui sont arrivés en un temps record. Au bout d’une heure quarante de soins, le sujet est décédé. La famille en a été informé et tout le voisinage en est bouleversé. « Il avait encore toute sa vie devant lui » nous informe une passante. Beaucoup de larmes ont été versées pour ce malheureux chat âgé seulement d’un an…
Un jeune pilote disparut.
Un jeune pilote a disparut en mer aux alentours de Calais. Seul un blouson et quelques feuilles échoués sur la plage de Brès-Dune ont été retrouvés par hasard. Certains pensent que le crash a était dû à une erreur de pilotage.
PS: J'ai modifié la fin d'où mon second post pour cette nouvelle.