Il se fait tard sur le boulevardLes passants marchent et moi j’ai malJe suis assise sur une vitrineLumière éteinte, grève des machines.
Le ciel m’assaille de son chagrinIl pleut des cordes et j’vais pas bienLa pluie s’mélange avec mes larmesEt la nuit m’a reprit mes armes. J’suis seule à seule avec mon cœurIl a besoin de toi et il a peurReviens le voir juste pour un soirDis lui en face qu’y a plus d’espoir. Car il t’espère et il t’attendJ’sais plus quoi faire il comprend pasQue notre histoire et nos émoisS’sont fait balayer par le vent. J’ai beau lui dire qu’il faut en rireQu’tout a une fin et qu’c’est très bienIl fait qu’saigner à chaque secondeEt moi jme relève et puis j’retombe. Encore plus faible, encore plus lasseMon cœur s’égare déjà s’angoisseIl m’interroge pourquoi je bas?Je me fais roche, lui réponds pas. Quoi lui répondre de toute façon?Qu’il est piégé que c’est un con,Qu’il s’est fait prendre par l’hameçonQu’l’amour est le pire des poisons? J’peux pas lui dire qu’il me déchireDe l’intérieur j’le sens qui pleureEt moi j’m’étouffe et puis j’m’écrouleEn tête à tête avec la foule. J’le vois déjà r’garder les gensAvec son p’tit air méprisantLa gorge nouée de trop pleurer Les yeux usés de trop t’chercher. Mon cœur, reviens, regarde le mienTout aussi triste qu’un orphelinQu’un SDF qui tend la mainQu’un clandestin qui cherche son train? J’sais plus quoi faire j’me sens perdueJ’voudrais tellement te détesterHair ton corps et puis ta rueSouhaiter ta mort sans la pleurer. Mais non voilà qu’mon cœur reviensJ’aimerais qu’il fasse les trente cinq heures,Les cinq semaines et ton malheurQu’il comble son vide pour creuser le tien. Si lui aussi s’mettait au pliDu code moral et du travailJ’aurai plus mal dans mes douleursJ’aurai plus d’noir dans mes couleurs. J’vais venir t’voir te supplierT’as su le prendre, fais moi le rendreCar je suis lasse que tu me hantesJ’voudrais oublier qu’on s’est aimé. Pour enfin pouvoir conjuguerLe verbe aimer tant enseignéDans les bouquins les dictionnairesAu passé simple de nos grands hier. Pouvoir te dire sans en mourirQu’ton doux regard me laisse de marbre Qu’ton beau visage devient semblableA une stupide statue de cire. Pouvoir t’aimer comme un amiComme un passé si loin enfouiQue tous les jours on en oublieQu’il en a basculé nos vies. J’voulais juste que tu sachesQu’c’est ton amour qu’ici m’attacheEt que pouvoir m’est un devoirGrand impossible à concevoir. Qu’te voir souffrir m’est un suppliceMe voir croupir t’fais un déliceTe vouloir n’est pas un capriceMême si t’avoir est impossible. J’me suis offerte comme un trésorT’as pris mon coeur et tout son orQuand j’ai voulu reprendre mon duJ’ai compris qu’il ne battrait plus. Tu l’as tué, tu m’as tuéJ’peux plus aimer, j’peux plus t’aimer Tu l’as tué, j’peux plus aimerIl reste mon corps, il t’aime encore.
Larmes de stylo
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