Tout commence sur une continuité…
Je marche d’un pas assuré vers ma place assignée. Les yeux fermés, la tête entourée de mes bras croisés, je me perds, emporté par les rêves.
En entre-ouvrant mes yeux, je l’aperçue.
Je les referme aussitôt et me retrouve enlisé dans un mélange de sentiments éveillants soudain en moi une étrange douleur. Mon âme vient de se faire transpercer par une lame noir glacée m’affaiblissant puis me déchirant de milles et une pensées, chacune ouvrant une porte condamnée jusque à ce jour. D’étranges sensations enfouies depuis toujours s’en échappent, semant la terreur en se répandant comme la fumée envoutante de l’encens.
De mes dernières forces, j’efface son portrait souriant, le transformant en quelques larmes ardentes. Bouleversé, je me refugie dans un monde créé de toute pièces baignant dans le bonheur et soulageant mes blessures brûlantes.
Mais, lointaine, la délicieuse chaleur de sa voix me replonge dans un gouffre sans fin, légèrement familier.
Il me fallait donc fuir.
Sans me retourner, évitant les regards du mieux que je puisse, je sors attiré par cette faible lueur pendant que le concerto d’une vie chavirant supportée par mes épaules tremblante accompagne mon pas mélancolique.
Les yeux irrités, j’erres inconsciemment tout en les levant vers le ciel à la recherche d’une réponse. L’infini me reflète l’absurdité de la vie. Cette sensation d'infériorité face à ce qui m’entoure, cette impression de faiblesse constamment ressentit... Cela ne disparaitra pas tant que les étoiles brilleront. La vie est comme un cercle déjà tout tracé.
L'univers est un jeu dans lequel nous sommes les acteurs. Je suis donc l’une des pièces de ce jeu. Or, si le jeu perd une pièce, il s’arrête. Il est inutilisable et se retrouve bientôt recyclé ou brûlé. Qui peut bien jouer avec ce jeu… Peut-il remplacer les pièces ? Ou du moins, s’en soucie-t-il ?
Est-il en train de me remplacer ? M’a-t-il perdu ?
Hésitant, je fuis en titubant. Chaque pas est une nouvelle bûche jetée dans un feu incontrôlable, s'emparant de ma gorge. Ma vue se trouble, tout autour de moi le monde se sépare en deux immondes mondes non mondés. Entre ce précipice démesuré, je distingue une faible lueur d’espoir s’envolant définitivement vers un autre univers.
En m’approchant de ce gouffre à petit pas, j’entend quelques cloches libérant un son nostalgique qui m'attire de force dans un souvenir de jeunesse, à jamais oublié. Les sons deviennent bruits, tout s’entrechoque, se frappe, se transperce, s’engouffre, se mêle, se sépare et s’échappe s'approchant de moi.
Le froid gagne en territoire dans un corps apeuré.
L’angoisse me poursuit inlassablement. Des frissons inconnus s’emparent de moi. Tout s’arrête, puis reprend de plus belle, suivant ma respiration dé rythmée. Un pas en trop me fait basculer dans de nouvelles failles obscures, comme une simple pierre jetée du haut d’une falaise. Une falaise que j’avais pourtant gravis à l’aide d’un espoir augmentant à chaques instants. Montant tout simplement, porté par ce désir grandissant. Il fallait que je vois. Voir ce qu’il y a de l’autre côté. De l’autre côté de la falaise. De son côté à elle.
Le sol est froid, humide. Des larmes ont déjà été versées. Je joins les miennes silencieusement. Elles coulent doucement le long de mon visage, laissant une trace brûlante après leur passage. Arrivées à la limite de leur monde, elles hésitent un instant, puis se laissent tomber.
Je les vois se transformer en flammes argentées avant qu’elles ne se brisent au sol, libérant un peu de ma souffrance que je n’ai pu contenir. Elles disparaissent enfin, rejoignant plus profondément les flots de larmes déversées continuellement à travers le monde.
Quatre murs blanc m’entourent à présent. De la peinture noire s’y déverse peu à peu. Elle engloutit d’une lente vague visqueuse et glaciale chaque êtres s’y étant échoué. Sans exceptions, les emportant simplement au fond des abysses, chaque jours maculées de sang, provenant de toutes flammes recherchant la lumière en s’écorchant contre les murs.
Mais toutes finissent par s’affaiblir, s’étouffant et se brûlant au contact de l’eau ruisselante sur les parois. Tout s’apaise peu à peu, il ne reste bientôt plus qu’une trace noire recouverte de sang sec, séparant mon corps en deux.
Allongé, les yeux vide dirigés vers le ciel, je contemple les quelques étoiles présentes, dernières résistantes face à la lumière intérieure et extérieure de l’Homme.
Les yeux fermés, j’entend des vagues me berçant mélodieusement. Je me vois en mer, seul, allongé sur un lit de paille, une bougie posée près de mon visage le réchauffant d’une faible lueur orangée.
Le rêve finit par l’emporter, me soigne, recoud les plaies, arrête l’hémorragie. Il offre un peu d’espoir par sa douce folie, réalisant tout vos désirs même inconscients.
Mais une fois réveillé, la réalité vous abat d’un coup porté en plein cœur.
Et tout recommence, dans cette continuité...