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bendesclou a publié ce texte le 19/04/2008 à 17:00:28 |
Je suis sorti de mon lit sur un petit pont de bois ce matin, entre deux eaux ; je ne savais pas vraiment pourquoi mon état d’esprit était si scabreux, mais j’essayais malgré tout d’initier ma traversée. Je pensais que les abus de la fête d’anniversaire, à laquelle j’avais été convié la veille, et leurs répercussions physiologiques pouvaient être une cause probable à mon humeur aléatoire, mais je n’avais pas encore tout compris.
Premier contact humain et première mauvaise nouvelle du jour : j’ai à nouveau pris une décision erronée, fais un mauvais choix. Une fois de plus, j’ai déçu une personne chère, en faisant ce qui me semblait être le plus approprié, et cela n’a servi à rien. Les dégâts dans mon for intérieur sont catastrophiques, j’ai envie de frapper ma tête très fort contre quelque chose de dur. J’ai récemment tranché dans un dilemme qui s’offrait à moi, suivant à nouveau les suggestions, que vous m’aviez au préalable exposées comme étant les plus raisonnables. Et le résultat s’est une fois de plus révélé désastreux, puisque cette élection erronée a engendré les pires conséquences possibles dans cette situation. Dur de lutter avec la loi de Murphy. Dès lors, je commence à mesurer l’étendue réelle de mon malaise et cette désagréable information suffit à en éclairer les véritables raisons : je suis à bout de forces, je n’en peux plus d’être un clown.
Je suis arrivé à un niveau de ras-le-bol si élevé, que je n’en supporte plus son goût amer. J’ai l’impression d’être devenu votre clown et mes mauvaises blagues me dégoûtent. Je ne sais pas pourquoi, ni comment, mais à un certain moment dans mon processus de socialisation, j’ai dû commettre une erreur, me tromper de terme, m’égarer dans le ton de voix, prononcer un lapsus ou je ne sais quoi d’autre, qui a suffit à m’attribuer l’étiquette d’amuseur. J’ai le sentiment que ma vie n’est qu’une grosse farce dénuée de subtilité et dans laquelle j’aurais perdu les rennes, et je ne sais plus quoi faire de vos conseils.
La plupart d’entre vous me connaît à peine et se permet déjà de me dire ce que je dois faire, le dissimulant derrière d’avisés conseils en plastique sur ce qui est le mieux pour moi. Mais, qu’en savez-vous ? Puisque vous n’avez même pas pris le temps de me demander ce que j’en pense et ce que, moi, j’ai envie de faire. Vous avancez vos opinions, comme une avant-garde de votre escadron de pertinentes décisions, détruisant peu à peu jusqu’à la dernière trace de ma capacité de décision. Ainsi, je deviens à bon rythme celui que vous voulez que je sois, ou plutôt celui que vous pensez être le futur moi le plus heureux. Par d’habiles techniques que j’ai bien du mal à déceler, vous imprégnez mes décisions de vos avertissements, ne cherchant ni plus ni moins qu’à me faire prendre les choix les plus logiques, me menant ainsi vers un avenir joyeux de papier mâché, modelé par les canons d’une vie rêvée, exemplaire, de celles qui rendent si heureux votre entourage. C’est pourquoi je ne vous en veux pas. Comment pourrais-je vous en vouloir de chercher à vous satisfaire de la réussite de ma vie ?
C’a toujours été ainsi : vous avez toujours voulu le meilleur pour moi. Vous avez remarqué que je m’en sortais assez bien à l’école, alors vous m’avez suggéré de faire des études. Quoi de mieux qu’une carrière universitaire pour réussir sa vie ? J’ai consenti, en fait j’ai même réussi à m’en persuader. Vous avez haït mes fréquentations, vous avez tenté vainement de m’empêcher des les côtoyer. Puis, lorsqu’vous n’avez plus pu, vous les avez dénigrés, salis, sans même prendre la peine de les connaître. Enfin, maintenant que vous ne pouvez plus rien y faire, vous essayez adroitement de limiter tant bien que mal les dégâts. Vous m’avez fait la morale, vous m’avez expliqué, vous m’avez conseillé, guidé, aiguillé, vous avez pointé du doigt mes erreurs, pour qu’en j’en tire la leçon, vous avez tout fait pour mon bien. Vous vous y êtes tellement bien pris, que vous avez même réussi à me faire prendre des décisions pour vous, en me convaincant que c’était pour moi ; vous m’avez persuadé que ce qui vous paraissait était ce que je voulais.
De plus, vous m’avez donné les moyens nécessaires à mes désirs, je n’ai jamais manqué de rien pour faire ce que je pensais être ce que je voulais faire. J’ai tout ce qu’il me faut et plus encore, grâce à vous tous, je suis dans des conditions idéales pour mener à bien ma quête.
Seulement, il y a quelque chose qui cloche dans le mécanisme.
Voilà quelque temps déjà, je me rends compte, petit à petit, qu’il me manque quelque chose d’essentiel. Vous vous êtes tous tellement démenés pour me préparer une bonne petite vie heureuse, et continuez à le faire si bien, que j’en ai oublié de me demander ce que vraiment je veux. Qu’est-ce que j’ai envie de faire moi ? De quoi ai-je vraiment besoin pour être heureux ? Bien peu d’entre vous ont pris le temps de me le demander et d’en écouter la réponse. Je n’arrive pas à me remémorer la dernière décision importante que j’aie prise en me basant sur mes propres désirs, et non pas sur ce que vous pensiez être le meilleur pour moi. C’est pourquoi aujourd’hui, je me sens comme le clown devenu esclave de son publique, prostituant son art à la recherche de ce qui va plaire, plutôt que d’évoluer librement sur la piste. Devenu si docile qu’on en tire ce que l’on veut, pour finalement acclamer passionnément ses chaînes de désespoir, que l’on a soi-même attachées à ses pieds. C’en est trop. Le clown se meure. Mais il n’ose s’aventurer à blesser votre amour en agissant de lui-même, il ne veut pas vous faire de mal. Pourtant, il le faut.
La mort du clown est annoncée. Je dois quitter mon costume. A vous tous qui me voulez tant de bien, je vous remercie et vous dis que je vous aime. Le grand moment est arrivé, vous allez bientôt assister au nouveau spectacle du clown, écrit et interprété par lui-même. Vous risquez d’être déçu.
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