Atchée, J’m’appelle Atchée, sûre tu m’as croisée et ton regard a détourné.
Remember, hier, je t’attendais,
Enguenillée, enturbannée, les yeux mouillés,
La fierté ravalée, pure nécessité.
C’matin encore, Place de la Paix,
Ma main je te tendais, mon corps tremblait,
Tout état d’âme oublié, ma faim je t’offrais.
Ô un regard t’ai arraché, contre ton gré,
Rictus mauvais, la tête j’ai baissé,
L’échine j’ai courbé, j’suis habituée.
Et toi aussi tu m’as croisée,
Ne joue pas l’étonnée, vraie black javellisée,
Aseptisée, dans ta belle cylindrée.
Et toi aussi mon pote, tu m’as toisée,
Tu rappes ton « quartier », ton « foyer », t’es « Révolté »,
Des mots qui me sont… étrangers.
Oui vous m’avez croisée, et me recroiserez….
Je ne suis pas indignée,
Encore moins « Révoltée »,
Suis tout juste Etonnée.
Vous conjuguez les mots : Rêver,
Donner, partager, chanter,
Prier, et même ….Aimer ?
Vous conjurez les mots : Juger,
Mépriser, violer, exploiter,
Et même… Ignorer ?
A défaut de générosité,
Vos consciences libérées,
Contre quelques pièces de monnaie.
Oui, vous m’avez croisée, vous me croisez, et me recroiserez.
Je suis Atchée, la petite mendiante de la Place de la Paix.
Et arrêtez d’hurler :
« Enfance assassinée » !
Je ne me reconnais pas dans ce portrait ,
Gardez ça pour vos rapports d’O.N.G .
Car ENFANT , je n’ai jamais été,
Et ne serai JAMAIS.
( A Atchée, enfant de la rue, Yaoundé , Cameroun.3éme Millénaire.)