La boîte à musique
Blottie dans ma tanière de coton, mes mains palpent la fraîcheur du bois laqué de la boîte à musique. Ornée de motifs orientaux, mon cher trésor, ma fierté enfantine…
A la fois gardienne et souverraine, la danseuse tourne sans fin sur le rythme décroissant d’un tintement naïf.
La belle sait quel est son rôle et n’en éprouve ni joie, ni peine. Ne répondant qu’à son devoir, elle effectue sa rotation telle l’évidence même.
N’y a t-il rien de plus admirable que cette petite demoiselle ?
L’essentiel est dans les actes.
C’est ainsi que se définirait l’acceptation totale d’un individu dans la société.
La curiosité y poussant, chacun se soucie des pensées d’autrui, mais peu les devine sous le masque.
Il m'est souvent venue à l'esprit qu'un robot au faciès, corps et attitudes parfaits, passerait inaperçu au milieu de mes comparses de chair.
Qui se douterait qu'il n'a ni âme, ni pensées ?
Cela ne peut-il se ressentir ?
Il n'y a personne en ce monde capable de déterminer la sincérité de mes sourires. Et lorsque le coeur encore secoué de milles sanglots, je tends mes lèvres en courbe crispée... tous me saluent distraitement, flattant mon énergie inépuisable.
Je n'ai plus qu'un souhait: devenir cette petite-fille dans la boîte. Ainsi mon but final ne sera plus que mon point de départ, et j'aurais le plaisir de l'atteindre à chaque instant... seconde après seconde je réaliserais mon rêve...
Eternellement diaphane et élancée, je serais belle dans mon tutu blanc et des yeux viendraient me flatter dans ma perpétuelle recherche du bonheur.
Alors dans l'infini tourbillon de musique, mes traits resteront figés en sourire vide qui ne cachera nulle souffrance.
KYUU