Ton visage, ça oui, c’est de l’art ! Pas comme cette merde empaquetée qu’on nous vend au plus offrant, non ! Tes traits, les différentes parties de ta figure, c’est comme un récapitulatif rapide, mais précis des différents courants artistiques, mais pas chronologiquement, non ! Surtout pas.
J’adore tes cheveux, depuis qu’ils sont plus courts. Ils sont plus malléables, les doigts y glissent avec plus de facilité, ils adoptent plus aisément des attitudes diverses : d’une punk classique, on passe à une jeune débutante du barreau, si on les rapproche de tes lunettes sur le devant, on obtient une secrétaire à son affaire, en relevant un peu l’arrière, on a une jeune étourdie qui s’est assoupie, si on les effarouche à juste dose, on voit une amante passionnée. Tes cheveux, on en fait mille œuvres avec presque rien, mais ils sont aussi rebelles, ne se laissent pas toujours modeler aisément. Ils créent, se mélangent, innovent, se dépassent, en reviennent, mais cherchent toujours l’originalité et le renouveau. Tes cheveux, c’est du surréalisme.
J’apprécie au plus haut point la singularité de ton nez. Il ne ressemble à aucun autre, est inclassable parmi les types de nez les plus communs. Parfois, tu n’en semble pas très fière, tu te trompes. L’originalité est ce qui, aujourd’hui, qualifie grande partie de la beauté. Il est évident, pour quiconque ayant la moindre idée d’esthétisme, qu’il y a une perpétuelle progression vers un abandon total des canons, pour aller vers une esthétique de l’émotion, du sentiment suscité. C’est pour ça que j’aime ton nez, parce qu’il ne correspond à rien de concret et, dès lors, déclenche chez moi l’admiration, la tendresse et l’exaltation du beau. Il est comme une explosion de formes et couleurs, qui viendraient illuminer le reste de ton visage. Ton nez, c’est du cubisme.
J’aime beaucoup tes yeux, depuis le début. Ils ne sont pas profonds, c’est idiot des yeux profonds, la profondeur est dans ton regard, dans les expressions de tes yeux. Eux, ils sont clairs, tellement clairs que parfois je peine à y retrouver la pupille. Ils en disent bien peu tes yeux, ils savent se contenir, mais ils suscitent d’innombrables interrogations. Ils empoisonnent doucement, ils enivrent subtilement. Ils invitent au rêve, mais sont parfois le couperet de la vérité. Ils sont indescriptibles, mais d’une sémantique extrêmement riches, ils n’évoquent clairement aucun champ lexical, mais les contiennent tous, ils rappellent le fort lointain, l’approximant démesurément. Ils sont verts, parfois bleus. Tes yeux, c’est de l’impressionnisme.
Je fonds devant ton sourire, depuis que l’on nous a présentés. En fait, ce n’est pas seulement ton sourire, mais plutôt la paire qu’il forme avec tes lèvres. Elles sont assez fines tes lèvres, et quand tu les étires pour laisser apparaître tes dents et ton enthousiasme, tout est symétrie, perfection, netteté, pureté. L’expression du beau dans son ultime achèvement, son excellence, son œuvre d’art. Ta bouche, elle ne manque pas de classe, encore moins de goût ; elle est cependant extrêmement attrayante, et cherche à nous faire céder. Elle suscite l’excitation, appelle à l’extase tout en restant pure et précise. Ta bouche, c’est du classicisme.
Ton teint pâle, changeant au gré de tes humeurs, donne un fond pop art au tableau tout entier, comme si Andy Warhol avait tenté vainement de mettre une couleur sur chacune de tes expressions.
Tes faciès ont quelque chose de naturalisme, tant ils sont expressifs, reflétant tes décisions précises, tes envies assurées. Toutefois, le doute t’envahit parfois, laissant alors transparaître des airs d’expressionnisme, quand tu t’abandonnes à ces divers sentiments qui t’inondent de leur succulent venin.
Enfin, le tout est constamment en mouvement, d’une mobilité aux caractéristiques bien trop baroques. On traverse parfois la galerie du romantisme, puis visite celle dédié au lyrisme, en passant par le symbolisme, on fait un détour par le trompe-l’œil, pour terminer dans un nouveau réalisme assourdissant. Tout y est, rien ne manque.
Ton visage, c’est l’expression du talent de l’artiste dans son accomplissement ultime, la perfection enfin atteinte, le sommet de son art : son chef-d’œuvre.