Dés le premier jour d’excursion je me sentais comme envoûté par l’ambiance qui régnait sur ces montagnes. Bien qu’en compagnie de ma famille, je gardais comme un égoïste mes sentiments et me contentais de faire avancer mon cheval qui, semblable à un dalmatien, avait la robe beige parsemée de points noirs.
M’évadant de mon corps, je me trouvais au-dessus du plus grand pic du Parc de la Vanoise et tel un oiseau je m’amusais à aller d’un refuge à l’autre, en passant à travers les rares nuages présents.
Le sifflement d’une marmotte toute proche me ramenait à la réalité : j’étais apaisé et me rapprochais du groupe qui m’avait distancé, alors même que j’étais bien loin du stress et des irritations que je connaissais dans la vallée.
Le lendemain matin, je ne pus m’échapper comme je l’avais fait la veille, à cause du chemin très accidenté, qui me demanda de rester attentif, ce qui me frustra au plus haut point.
Mais le moment du pique-nique me fît vite oublier cette mésaventure car, au bord du ruisseau, je m’échappais dans l’eau fraiche et cristalline, parmi les poissons et les araignées d’eau, ouvrant le bal tout autour de moi. Je me mis à leur taille et nageais à vive allure, sautais parmi les torrents et les lacs de montagne et…
… Je dus me résoudre à revenir dans mon corps pour aller seller mon cheval et repartir à la conquête d’autres songes…
Le soir me réservait une dernière surprise, sans doute celle qui me marqua le plus dans toute cette aventure. Devant nous se trouvait une grande prairie, pratiquement plate, aux herbes hautes et douces ; la clarté de la lune presque pleine faisait varier les reflets turquoises sur le plateau tandis qu’au dessus de nos têtes se déroulait un spectacle des plus merveilleux : le ciel était parsemé d’étoiles, plus brillantes les unes que les autres ; leur nombre était largement supérieur à celui des taches noires de mon cheval.
Était-ce l’adrénaline de ma monture, les rayons de la lune ou encore les herbes folles qui semblaient nous attendre, l’envie était trop forte. Avant même de lui en donner l’ordre mon cheval se mit au galop et pour la première fois de ma vie, je m’envolais tout en ayant conscience de mon corps, de mon fessier relevé de la selle, de mes bras caressant l’encolure de mon athlète, de mes jambes me tenant en équilibre à l’aide des étriers, de toute mon âme enfin, se purgeant parmi les courants d’air des montagnes…