Dès ma venue au monde
Dans un berceau de fer
J'ai crié ma misère
Aux voisins orgueilleux
Qui jouaient les richards
Des années entières
Dans le faubourg familier
J'ai chanté mon dégoût
Aux épiciers du coin
Pour refus de mes sous
Qui dataient d'avant-guerre
Sur le sentier de ma classe
J'ai semé le désordre
Au milieu des copains
Pour boycotter les cours
De nos maîtres méchants
Dans mon camp de vagabond
À longueur de mes jours
Je grillais des mégots
Dans l'attente d'un espoir
Qui n'est jamais venu
Dans ma fadeur conjugale
J'ai longtemps masqué
Le jour comme la nuit
La face de mes ennuis
Dans mon lit de solitaire
Des nuits durant
Je me suis débattu
Aux mouvements d'une pendule
Qui rythmait mes tourments
· º Á
Tout au long de mes âges
Je me suis acharné
A chercher la couleur
D'un bonheur utopique
Dont l'homme est hanté
...Et mes ans s'écoulèrent
Telle une rivière quiète
Charriant des espoirs
Sur des feuilles mortes
· º Á
À la veille de mon départ
Je me suis aperçu
Que le temps qui s'en va
Même s'il est souvent dur
Est toujours le meilleur
...Et j'aurais pu mieux vivre
Si j'avais su extraire
De ma propre expérience
La quintessence d'un bonheur
Qui n'a pas de couleur
Si j'avais seulement su
Ne tenir qu'aux espoirs
Qui avaient la mesure
De ma piètre condition...