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L'empereur des bois
Cheminant côte à côte, s'affairant en silence,
Deux frères sous un bois observent, aux aguets,
Mystérieuses traces, preuves d'une présence:
La noble bête règne sur cette forêt.
Mûs par une faim qui nuit à leur subsistance:
"Il faut nous sustenter" dit sombrement l'aîné.
Lorsqu'il est repéré, le cerf, plus prompt, s'élance.
Les deux hommes, moins véloces, doivent calmer
L'ardeur qui les domine, brouille leur vision;
Leur pensée imagine un piège plus sûr.
Se concertant ils changent de position:
L'un au fond du vallon, près d'un buisson de mûres
Qui jouxte une mare aux eaux saumâtres et noires;
Blotti est le second contre le tronc d'un chêne.
Tous deux attendent là l'animal, leur espoir.
Un crissement de feuilles: le Seigneur des forêts.
Digne, superbe, une apparition du soir:
Sa tête ornée de bois ploie avec majesté
Et sans bruit vient troubler la surface de l'onde:
Le cerf lampe, solitaire, et se désaltère.
Au jour s'évanouissant le mâle rend hommage,
Brâme virulemment, et toujours solitaire.
Un instant les deux hommes admirent son courage:
Sublime est le cerf...
Subtils sont ceux qui savent sa vie éphémère.
Le chasseur tend son arc et décoche une flèche...
Et tandis qu'il s'écroule, presque inanimé,
Le cerf agonisant l'ultime souffle cherche
Mais finalement meurt...