Quelque part un Requiem
Lourde.
Elle s'était refermée lourdement, engloutissant d'un bloc les couleurs du vivre. Autour d'elle, elle, la porte, les murs s'élevaient jusqu'au ciel. Il n'existait plus, avalé, empierré, figé dans l'opacité d'un obstacle qui n'en finirait plus jamais.
Le cri avait ricoché de son point de départ à son point de départ, muselé par ce trop d'épaisseur impossible à franchir. Il était revenu, rentré, sourd, sans autre destination que celle où il avait tenté de naître. A force, il avait fini par capituler. Il s'avortait désormais avant même sa conception.
Les yeux exorbités n'en pouvaient plus de cette réclusion. Perpétuité au-delà du fond du fond de l'inimaginable.
Cri muet. Pierres immaculées. Porte close. Nulle échappatoire. Néant à double-fonds multiples. Nausées. Rien.
Quelque part s'échappait le Requiem de chair et de sang d'un saxo écarlate en tempo-battements.
Légère.
C'était à peine une ombre, étonnante et subtile. Elle courait sur la pierre, inattendue, dérangeante, en fines brisures ourlées de sombre, comme un soulignement spontané dans la légèreté de ses traits insolents. Elle ne bougeait pas, elle, la faille. Elle s'appliquait simplement à n'être que là et dans sa précocité à gouverner l'espace, elle se révélait, nue à crier.
Cette fois, il n'hésita plus, le cri. Il se laissa vomir de toutes ses entrailles. Il se répandit, sauvage, le cri, dans son cri de bête rentré, trop longtemps contenu dans la force de son trop plein, débordant, submergeant, noyant tout sur son passage, jusqu'à l'air, les miettes d'air, les riens d'air, broyant ses cordes vocales, ravageur. Un cri qui n'avait plus rien d'autre à perdre que lui-même. Un cri éperdu, démesuré. Un cri à ébranler les murs les plus indestructibles, un cri tueur de non-cris. Un cri. Un seul. Un. Plus rien ne pouvait l'arrêter.
Sauf.
Sauf le Requiem de chair et de sang d'un saxo écarlate en tempo-battements, quand il déchira brusquement la faille.
Alors, les couleurs du vivre...
Romane