Terra incognita
Le bâtiment s’avance dans des limbes
Et rejoint l’embouchure d’un fleuve du continent maudit.
Vision du pont les passagers découvrent l’immensité du site,
A gauche, un désert de sel parsemé de cactus en fleurs,
A droite, des arbres millénaires s’étendent à perte de vue
Et derrière eux se dresse la montagne sacrée des mythes…
Les cimes des géants culminent à des hauteurs jamais atteintes,
Leurs branches, recouvertes de plantes endémiques en floraison
Divulguent des couleurs étrangères au cercle chromatique…
A leur vue les rétines sensibilisées s’esquivent ou fixes,
Admiratives devant ce spectre de couleurs divines.
Très vite, des troupes d’humains débarquent sur la rive,
Pour découvrir, explorer les limites du territoire antique.
Un premier groupe s’introduit dans les terres,
Bientôt en proie à des visions des plus démentes,
Les arbres mouvants tout autour d’eux, les bruits du vent
Créent des ombres dansantes dans les feuillages.
Plus loin dans la forêt profonde,
Les plantes et champignons semblent communiquer leur rôle,
Et les attirent par des effluves des plus plaisantes.
Un rayon de soleil transperce les ramures,
Eclaire des hommes effectuant des prélèvements d’échantillons,
Pendant que l’on s’assied près à goutter ces mets des plus précieux…
Sous la pression des uns le groupe se scinde en deux,
Pour rester étudier ces plantes communicantes…
Seuls cinq d’entre eux partent rejoindre les coordonnées prescrites,
Leur mission cartographier cette terra incognita puis la nommer…
Caché, tapis dans l’ombre,
Quelque chose ou quelqu’un les observe
Avancer lentement dans cet enfer de branches et de bois morts…
Leur marche est silencieuse, ils encaissent les visions démentielles
D’insectes triangulaires progressant dans les herbes,
D’oiseaux se posant sur leur bras pour dévorer leur chair
Et goutter leur sang avec des petites dents coupantes à la place du bec.
Ils avancent en courant et tombent nez à nez avec un homme.
Un vieil homme barbu qui les regarde en souriant…
Il s’adresse à eux en ces termes :
Mes frères, soyez les bienvenus sur son territoire,
Le continent de Mu… L’antre du grand Yem-Senha notre dieu…
Soyez bénis si vous venez rejoindre les rangs de ses adeptes,
Sinon je vous maudits ! Partez d’ici ! Ne revenez jamais !
Sur ce il part en courant, disparaît laissant matière à réflexion
Pendant qu’ailleurs, les effets des plantes agissent sur les consciences
Entraînant fièvres et vomissements, multiples perceptions,
Visions de serpents, de monstres informes avec effet kaléidoscope en prime…
La descente un cauchemar paranoïaque ou chacun voit le diable en l’autre
Et même en soi, sans pouvoir agir, chacun voit sa démence en face
Et s’entre tue n’épargnant qu’un survivant perdu dans la folie.
L’équipe d’exploration décide de continuer sa route,
Avançant prudemment dans les sous bois, les plaines,
Ils découvrent une gigantesque cité en ruines,
Des monuments de pierres blanches et autres statues renversées
Font face aux restes d’une pyramide à degré couverte d’algues.
Ils entrent à l’intérieur à la recherche d’indices archéologiques
Et tremblent en découvrant la fresque magistrale.
Dehors un cri, ils sortent et voient les restes d’une équipe précédente
Leur faisant face et psalmodiant des prières des plus étranges.
L’un d’eux s’avance, et comme en transe, pris de spasmes il cri
En grimaçant et les montrant du doigt, il invoque Yem-Senha l’ancien…
Hystérique il hurle en les regardant de ses yeux malades,
Soudain, il les désigne, parle à sa tribu puis crache…
Les autres approchent armés de lances et les massacrent…
Maxime Teliam