Oxygène
Il fait un temps splendide, une journée comme il n’en existe pas sur Zefir4, je savoure mes dernières heures de vie terrestre avant longtemps. Je distingue au loin dans le ciel des ombres… Ce sont les ballons anti-pollution « save the planet » et c’est rare…
Avant l’embarquement, comme inspiré j’inhale à pleins poumons l’air purifié de Paris.
16 octobre 2118
Sur le chemin du parking à la zone de lancement de l’astroport, je pensais à mon voyage en regardant les ballons anti-pollutions flotter dans le ciel, on ne les distinguait presque jamais dans la grisaille quasi-quotidienne de Paris.
Après l’embarquement dans le vaisseau je pensais à Julie et Sam qui devaient bientôt passer leurs examens et qui m’avaient pris pour fou quand je leur avais fait part de mon intention de voyage vers zéphir4 ; ils me manqueront mais je serai très occupé par ma mission et j’espère vite m’adapter à cette planète.
J’ai décidé de tenir ce journal électronique comme le faisaient les explorateurs du dernier millénaire pour pouvoir dater les évènements et transmettre par la mine de mon stylo mon anxiété, mes expériences et l’état d’esprit ambiant.
28 octobre 2118
Je suis arrivé hier et j’ai passé la journée au centre administratif où j’ai obtenu un logement et un emploi, je commence demain, tant mieux car il n’y a pas énormément de distractions dans cette ville bulle, les gens semblent tristes et renfermés. J’ai contacté Julie pour la rassurer et pour entendre sa voix car j’avoue qu’elle me manque déjà.
12 novembre 2118
Premier jour de congés, je me suis écroulé chaque soir pour me réveiller et retourner travailler, le job consiste à accompagner les cyborgs sur les puits hors de la bulle et les reprogrammer en cas de bug.
Toujours en panne à cause des rafales de vents solaires qui dérèglent le champ magnétique entourant leur processeur interne. Deux ou trois calculs sur ma puce digitale et ils re-fonctionnent.
Ils pèsent 850 kilos chacun et ne bougent presque pas sous le souffle du vent alors que nous pauvres humains nous voltigerions dans les étoiles si nous n’étions pas attachés, il y a déjà eu des accidents mais si on est méthodique et concentré, rien ne peut arriver.
Je me suis parfaitement intégré à l’équipe et m’entends très bien avec Zion mon coéquipier.
Je dois lui faire une entière confiance et inversement car nous nous assurons les prises mutuellement pour rejoindre les cyborgs. Nous avons sur le dos un réservoir d’air et un réservoir d’oxygène soit une autonomie de 6 heures. Nous travaillons 11 heures 30 minutes par jour par périodes de 5 heures 45 minutes et disposons d’une pause d’une heure entre les deux.
Lorsqu’ après la pause nous devons retourner travailler, heureusement que le salaire est « considérable » pour nous motiver car nos membres sont tellement endoloris pas les coups répétés du vent que l’on se dirait presque « ce n’est pas cher payé ».
Je me plains mais grâce à la combinaison masseuse je me réveille chaque matin les muscles comme neufs.
Je reste informé des actualités sur terre et de l’économie planétaire, les conflits qui se dessinent autour des prix du carburant sont inquiétants …
20 décembre 2118
Toujours le même travail harassant, mais je suis motivé et puis c’est tellement beau l’espace.
J’ai entendu qu’il y’avait eu un attentat sur Zefir1( première planète pétrolière découverte dans la galaxie par les recherches communes des Etats Unis et de l’Arabie Saoudite aujourd’hui partagée par les deux super puissances.) et que les nord-américains avaient détruits huit puits sur Zéfir2 (planète pétrolière du cercle bolivarien) . J’imagine que sur terre, le prix du baril a atteint des sommets encore jamais vus depuis la grande dépression de 2065.
Je pense aussi que Julie doit se faire énormément de soucis, je la contacterai demain.
Je fêterai mon premier Noël ici dans cinq jours, le menu à l’air très bon.
04 janvier 2118
Noël s’est bien passé et j’ai fêté le premier jour de l’année sous les étoiles entouré de Zion et de nos quatre cyborgs. Sans Champagne nous étions heureux de voir l’infini et de faire partie des rares privilégiés à le voir de si près.
18 février 2118
Il y a eu un accident dans la deuxième équipe de maintenance des cyborgs :
Une pierre de plusieurs dizaines de kilos balayée par le vent s’est fracassée sur le dos d’un des employés faisant voler en éclat ses réserves d’air et fracturant sa colonne vertébrale ; heureusement son coéquipier lui a fourni une bouteille d’oxygène et l’a porté jusqu’ à la bulle, son état est stable mais il est maintenant paralysé. J’ai appris qu’il ne lui restait plus que deux semaines avant la fin de sa mission, son salaire lui servira probablement pour se payer une colonne vertébrale robotique, quel gâchis !!!
Les accords diplomatiques entre américains ne mènent à rien. Il ne se passe plus une journée sans attentat sur les planètes pétrolières.
La multi planétaire nous a promis une prime pour travail en état de guerre et de mort imminente.
12 mai 2118
Mon coéquipier est mort aujourd’hui, projeté sur une montagne par une rafale, son attache a cédée sous la force du vent. On nous a fourni du nouveau matériel plus résistant et je fais équipe avec un bleu fraîchement débarqué, j’ai le moral à zéro mais heureusement que Julie et Sam sont là pour me rassurer et me changer les idées lors de nos connections.
03 juillet 2118
Les Américains ont détruit quatre puits sur Zéphir2, autant dire que la peur nous accompagne à chaque fois que l’on rejoint les puits, mon coéquipier est très concentré et moins bavard que l’ancien, comme si je travaillais désormais avec cinq cyborgs…
18 septembre 2118
Les deux puissances ennemies se combattent au dessus des puits de Zefir4 depuis trois jours, une des équipes de foreurs a été entièrement décimée sur le puit n°3. Nous sommes obligés de sortir car une journée de perdue sur un puit de forage représente des millions de pétro dollars sur terre.
La sécurité me manque, ma planète, le ciel et la chaleur du soleil plus que tout.
24 septembre 2118
Je flotte en ce moment dans le vide stellaire, un missile s’est abattu sur mon puit et un rocher est venu briser mes attaches, le vent m’a entraîné vers l’espace, j’ai sorti mon journal électronique pour y faire état de ma fin.
Je suppose que la multiplanétaire ne va pas dépenser le carburant d’un vaisseau pour venir me sauver et il ne me reste plus qu’une demi heure d’autonomie en oxygène.
Ma vie défile dans ma mémoire et je repense à la terre, mes parents, mes ami(e)s, mes rêves et au jour de mon départ pour ce nouvel ElDorado…
Il fait un temps splendide, une journée comme il n’en existe pas sur Zefir4, je savoure mes dernières heures de vie terrestre avant longtemps. Je distingue au loin dans le ciel des ombres, ce sont les ballons anti-pollution « save the planet » et c’est rare…
Avant l’embarquement, comme inspiré j’inhale à pleins poumons l’air purifié de Paris.
Max Teliam