J'ai trop longtemps écrit va comme je te pousse.
Retrousser simplement mes rimes sur la mousse,
En escamotant bien les liaisons dangereuses,
Suffisait amplement à mes douces berceuses.
Les mots qui jaillissaient comme des fleurs, sans mal
Se couplaient l’un l’autre tels des amants au bal.
Mais un soir de rimaille, un poète aux beaux yeux
M’a dit avec douceur : Tu peux faire bien mieux…
J’ai taillé mes crayons et pris un dictionnaire,
Délaissé Franc-Nohain et relu Baudelaire,
Acheté un précis de versification,
Et trente cinq kilos de papier de brouillon.
Je me mis au travail, et ce n’est pas fini !
Les jours sont bien trop courts, merci mes insomnies…
Longue est devant mes yeux la route qui balade
Je ne ferai jamais partie de la Pléiade !...
Arpentant pas à pas comme un gai laboureur
Les sillons du poète où pousse le bonheur
Je traque la césure et cueille la grammaire,
Je glane l’hémistiche, et vanne pieds sur l’aire,
Gribouillant sans relâche, et torturant ma plume,
Je mets mes vers au feu, les dresse sur l’enclume
Et je bats mes poèmes sur les forges d’antan
En comptant sur mes doigts, comme un bon artisan.
Il m’arrive toujours d’écrire des berceuses
Où la rime s’élance, en douce nébuleuse
Je danserai encor, les pieds nus sur la mousse
Mais je n’écrirai plus va comme je te pousse
FM. 11/01/08