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MINUIT SONNAIT AU CLOCHER DE L’ABBAYE…
Par la fenêtre ouverte, un rayon de la pleine lune vient BUTER dans le MIROIR de la coiffeuse, diffusant dans la chambre une lumière blafarde.
Impossible de dormir... La grande maison grince, craque, semble protester de toutes ses vieilles boiseries, contre la méchante ENTOURLOUPE qu’on lui fait, à elle qui a vu défiler des générations de gens tranquilles et sans histoires.
Comment, pourquoi en était-on arrivé là ? Il aurait peut-être suffit de parler, d’essayer de comprendre, d’ABORDER le problème de face au lieu de laisser pourrir la situation jusqu’à ce point de non-retour.
Cela faisait des semaines que la petite ne nous parlait plus, ne nous écoutait plus, avalant le matin son CAFE AU LAIT à toute vitesse, écourtant les repas sous un vague prétexte de devoirs à faire, mangeant du bout des dents, même le gratin de COURGETTES, dont elle raffole habituellement...
En fin de journée, elle est rentrée en courant, sans un mot. On a entendu, venant de sa chambre des bruits d’objets jetés à terre, de tiroirs claqués... puis ses pas dans l’escalier...L’évocation de sa mince silhouette ployant sous le poids de l’énorme sac de sport bourré à craquer, de son visage pâle, des ses yeux fiévreux, à la fois apeurés et pleins de défis, me serre le cœur... et sa voix, encore enfantine, aiguë, forcée, nous lançant à la figure : « Je pars vivre avec Thierry ! »
Thierry ! J’aurais dû m’en douter ! Ce bon à rien, ce vaurien, passant son temps à parader sur sa grosse moto rouge dont on se demandait bien avec quel argent il l’avait achetée, Thierry qui avait ruiné la réputation de la moitié des filles à marier du village ... Thierry.. Ah ! Non, pas Thierry ....
Je ne veux pas qu’elle parte ni avec Thierry, ni jamais... Déjà ... Frédéric, l’an dernier... Frédéric, mon fils ...
Tout est allé très vite, la gifle claquante, qui brûle encore le creux de ma paume, le cri de Simone, finissant en un sanglot : Ma petite fille ! Je t’en prie ... le regard de mon enfant, plein de haine et de peur...ses cris pendant que je la traîne dans l’escalier, puis au bout du couloir, la jette dans la chambre aux volets clos où l’on n’entre plus depuis le départ, la fuite de son frère ! Prendre la clé dans la serrure, sortir et refermer derrière moi ...
J’ai dû m’assoupir malgré les sanglots sourds de Simone, parce que je sursaute : On frappe furieusement à grands coups dans la porte d’entrée !! On crie : Ouvrez, mais ouvrez donc !
Sauté du lit, pieds nus, je vais à la fenêtre, je me penche mais je sais déjà... Thierry est là ! Avec un autre garçon que je ne connais pas...
Je crie aussi ! « Fiche moi le camp ! Tu n’as rien à faire ici ! Tu n’auras pas ma fille ! »
La tête levée vers moi, il hurle : « DITES NOUS DONC DANS QUELLE CHAMBRE VOUS LA SEQUESTREZ ! »