Je ne sais pas
J'entends comme un déchirement, la plainte d'un bateau qui craque, craque sous le poids de son ventre trop chargé
Tripes trop pleines d'un fardeau fait d'inutilités chamarées, destinées à pourir dans une poubelle anonyme au nom de j'en veux plus
J'entends comme le crissement d'une lame de fond
Du fond de là où il ne restera que détritus amassés, ressassés
Presque anodins dans leur anonymat sans mode d'emploi
Comme des cris de rejets
De trop plein
Oui, de trop...
Je ne sais pas si la terre qui se fend est faite de terre ou de chair
Je ne sais pas si ce qu'elle saigne est de l'eau ou du rouge étrangement beau de ses veines humaines
Je ne sais pas si l'abondance
Son débordement
Son par-dessus bord
Eparpillés jusque dans les aspérités de sa plage mouvante
Auraient une raison d'être si on avait fait d'eux
L'essentiel de notre substance
Et si c'était moi ?
Si je m'en allais en m'échappant comme un vice qu'on balance au container des ratages ?
Et si j'étais de trop
Oui, de trop...
De trop au point de me vomir
De m'expulser de mes propres tressaillements pour n'en faire plus qu'un tas de lambeaux qu'emporterait le fond
Là où la lumière ne s'aventure jamais de peur de s'éteindre
Où l'oubli s'étrangle sous la pression de ses mains ravageuses
Ses mains à lui, l'oubli
Fait d'amnésie sans retour ni même de volonté de retour
Anéanti, comme pour laver le monde de toute autre trace que celle d'une mémoire pilonée
Massacrée
Et si c'était moi
Ce plus rien
Cette inconvenance dans la fulgurante beauté du monde
Dérangeante
Obscène
Famélique
Mais vaincue
Dans sa défaite consentante
Pour qu'enfin débarrassés de moi
Refleurissent le lilas et les baisers...