L' Eau vermeille
hommage à Anna Politkovskaïa
Mesdemoiselles et Monsieur, Samedi 7 Octobre 2006, Anna Politkovskaïa, journaliste d'opposition au Novaïa Gazeta, est assassinée dans l'ascenseur de sa résidence. Elle avait, entre autre, dénoncé les crimes de guerre commis en Tchétchénie par le gouvernement russe.
Dans une ruelle de Moscou, hier soir encore,
Mademoiselle Liberté traînassait dans ses pensées.
Mais un vieux pirate, qui brûlait des livres,
Samedi soir a révélé sa flamme, dans cette ruelle de Moscou,
A cette demoiselle; elle a osé dire « liberté »...
Je vous dirais bien que tout a changé,
Que les brûleurs d'idées sont au passé!
Qu'il n'y a plus de dents assérées,
Pour les raconteurs de réalités!
Que les odeurs de larmes asséchées
Ne se brisent plus sur les lames aiguisées.
Que l'on ne trouve plus de vermeille,
Dans la Volga et ses merveilles...
Mesdemoiselles et Monsieur,
vous savez bien que vous avez rêvé...
On m' a dit que depuis la perestroïka, on accordait l' histoire au passé!
Que le vent de l'ouest avait amené un brin de liberté.
Et pourtant ce samedi là, il y avait le vieux pirate,
Venu brûler des livres, à la santé d' Anna...
Cette belle femme, elle avait osé chuchoter
Une lente symphonie qui nous disait...
Tché-tchétchénie -tché, Tché-tchétchénie -tché,
Mesdemoiselles et Monsieur,
Rien a vraiment changé!
On trouve encore des corps crevés,
Dans les ascenseurs de liberté!
Mesdemoiselles et Monsieur,
L' histoire s'est répétée !
Une fois encore et encore,
L'eau vermeille de la Volga
A coulé sous les ponts...
Même après la perestroïka !
Même après la perestroïka,
Les idées ont une odeur !
Celle d'une fleur fanée,
aux tristes couleurs...
D'une vermeille.
Mesdemoiselles et Monsieur! Les brûleurs d'idées ne sont pas encore au passé! Les dents assérées révèlent encore leurs flammes aux raconteurs de réalité! Leurs larmes se brisent sur des lames aiguisées! On trouve encore de la vermeille dans la Volga et ses merveilles. Mesdemoiselles et Monsieur, je lève mon verre à la santé d'Anna Politkovskaïa, et je crie:
« Liberté ! »
Nicolas Hamoneau
(texte en italique écrit en
collaboration avec Marc Benkemoun)