Tu es parti ce soir et la maison est vide...
Demain... demain seulement, je rangerai les quelques objets que tu as laissés derrière
toi, dans ton coin préféré. Je secouerai ce plaid que tu aimais, je le laverai, avant de le ranger tout au fond du placard.
Quatorze ans... quatorze ans de vie commune ! Comment as-tu pu partir si vite ?
Nous nous sommes quittés parfois, pour quelques jours, deux semaines au maximum,
et nos retrouvailles étaient toujours si douces, si gaies, si tendres !
Notre première rencontre chez des amis communs est restée gravée dans ma
mémoire. J’étais seule, un peu gênée de l’être, au milieu de gens en couple.
Tu accompagnais toi-même une grande brune, jolie mais un peu vulgaire, qui riait trop
fort. Catherine, oui c’est ça ! Tu la suivais de près, tellement près que l’on n’aurait pas été étonné de te voir porter une laisse. Tu étais beau ! Assez mince et élancé, mais visiblement vigoureux, élégant, et même racé, des yeux bruns foncé, veloutés d’étonnants cils immenses, au regard attentif et profond. J’ai tout de suite pensé qu’elle ne te méritait pas...et je t’ai souri, presque inconsciemment. Tu m’as suivie des yeux quelques secondes avant d’emboîter le pas de ta grande brune vers le buffet.
Un peu plus tard dans la soirée, ayant sacrifié aux indispensables politesses, je m’étais assise sur un banc au bout de la terrasse, un verre de whisky noyé de Perrier dans une main, et dans l’autre un canapé garni d’une indéchiffrable composition fadasse dont je n’avais grignoté qu’un angle. C’est alors que je t’ai vu venir vers moi de ce pas souple, un peu dansant que j’ai toujours admiré chez toi.
Tu t’es arrêté net en face de moi, me regardant au fond des yeux, et délicatement tu as pris le canapé dans mes doigts, et tu l’as englouti en trois coups de dents, si
blanches .... J’ai éclaté de rire devant ta satisfaction manifeste. Tu penchais un peu la tête à gauche, tes yeux toujours rivés aux miens. J’ai tendu la main vers toi.....
Le rire de Catherine, dans mon dos, m'a fait sursauter comme une coupable:
- Vous avez fait connaissance ? Je crois que vous lui plaisez ! Il s’appelle Sambo, mais on dit Sam, tout simplement ! Je pars en Australie pour au moins un an le mois prochain...et je ne peux pas l’emmener ! Vous ne voulez pas l’adopter ? Il a deux ans et il est très bien élevé, très docile...
Tu es entré dans ma vie presque par effraction, tu viens d’en sortir tout aussi
brutalement. Oh ! bien sûr, ta démarche était moins souple...il y avait des poils blancs dans ta toison jadis si noire, tu dormais plus souvent, plus longtemps, mais ton regard pour moi était toujours aussi tendrement attentif...
Adieu, Sam, mon doux et beau compagnon....